L’épidémie de coronavirus est-elle une maladie de la mondialisation ?

Il faut se garder de toute simplification. La mondialisation est un processus extrêmement complexe, on ne peut donc pas l’ériger en cause de tout. Des épidémies, nous en avons connu à tous les siècles, de la grippe espagnole aux grandes pestes du Moyen Âge. Mais on voit bien que dans son rythme, son mode de diffusion et surtout dans son extension mondiale très rapide, cette épidémie de coronavirus a un aspect nouveau, qui nous conduit à mettre le doigt sur l’essentiel : non seulement notre monde est un monde unique composé de sept milliards et demi d’acteurs, mais les micro-stratégies propres à chacun de ces acteurs deviennent infiniment plus déterminantes qu’autrefois. Ce qui pouvait arriver à un paysan chinois du temps des Ming n’avait quasiment aucun impact hors de Chine. Aujourd’hui, qu’il soit riche ou qu’il soit pauvre, puissant ou faible, la capacité agrégative de chacun au sein de l’espace mondial est telle que toute la population est concernée. Le fait que désormais le social court plus vite que le politique, contrairement au passé, vient complètement modifier la donne des relations mondiales, en matière alimentaire, environnementale ou sanitaire.

Cette épidémie peut-elle changer le cours de la mondialisation telle que nous la connaissons ?

D’abord, qu’entend-on par mondialisation ? Nous la percevons sans être capables de la définir : nous pouvons juste en reconnaître les symptômes. Le premier, c’est l’inclusion, cette idée d’un monde qui n’est plus régionalisé mais global et donc inégal, où les enjeux sociaux prennent nécessairement le pas sur les questions géopolitiques, tant les inégalités conditionnent désormais l’agenda international. Le second symptôme renvoie à l’interdépendance, phénomène douloureux pour nous autres Européens dont la modernité a été bâtie sur le principe de la souveraineté. Avec l’interdépendance, c’est le contraire qui s’impose. Cette crise nous le montre bien : le cloisonnement n’a plus aucun effet, la solution se trouve au contraire dans le décloisonnement et la mutualisation. Car si le faible continue à dépendre du fort, l’invers

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