Les lumières de la ville
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Athènes étincelle comme un lustre – un lustre dans une pièce nue revêtue de faïences. Mais ce qui lui confère son caractère unique, en dépit de l’excès de ses illuminations, c’est le moelleux qu’elle garde au milieu d’un tel flamboiement. On dirait que le ciel, presque liquide et plus tangible, plus bas, va remplir la moindre lézarde d’un fluide magnétique. Athènes baigne dans un océan d’effluves électriques qui viennent droit du ciel. C’est une ville qui affecte non seulement les nerfs et les organes sensoriels du corps, mais l’intimité de l’être. Même au sommet d’une petite éminence, on est au cœur d’Athènes et l’on peut sentir, dans toute sa réalité, le lien qui unit l’homme aux autres mondes de lumière. Au bout de la rue Anagnostopoulou, où logeait Durrell, se trouve un escarpement qui permet de dominer une grande partie de la ville. Nuit après nuit, en sortant de chez lui, je m’y suis arrêté et attardé, en proie à une transe profonde et soûl de lumière – lumières d’Athènes, lumières célestes. Du haut du Sacré-Cœur, à Paris, c’est un autre sentiment que l’on a, tout comme du faîte vertigineux de -l’Empire State Building à New York. J’ai plongé ainsi du regard sur Prague, Budapest, Vienne, Monaco et son port, et c’était chaque fois d’une splendeur nocturne impressionnante ; mais je ne connais pas de ville comparable à Athènes, tous feux allumés. Cela peut paraître ridicule, pourtant j’ai le sentiment que, à Athènes, le miracle de la lumière diurne ne s’évanouit jamais entièrement. Je ne sais par quel mystère cette douce et paisible cité ne -relâche jamais entièrement son étreinte sur le soleil et se -refuse toujours à croire tout à fait que le jour est mort. Souvent, après avoir souhaité le bonsoir à Séfériadès, devant sa maison de la rue Kythadénaion, j’allais faire un tour jusqu’au Zapion, errant à l’aventure sous l’éblouissante clarté des étoiles et me répétant, comme dans une incantation : « Tu es dans une autre partie du monde, sous une autre latitude ; tu es en Grèce, en Grèce, comprends-tu ? ». Je devais obligatoirement répéter ce mot de Grèce, parce que j’avais l’étrange sentiment d’être chez moi, d’être dans un lieu si familier, si tota-lement « cela » – le « chez soi » idéal – que de le contempler avec une adoration aussi intense lui conférait une qualité de nouveauté, d’inconnu. Pour la première fois de ma vie, aussi, j’avais fait la connaissance d’hommes qui étaient tels que les hommes devaient être – c’est-à-dire ouverts, francs, naturels, spontanés et chaleureux jusqu’au fond du cœur.
Extrait du Colosse de Maroussi, 1941,
traduit de l’anglais par Georges Belmont
© Éditions du Chêne, 1958



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