Vers un secteur minier moins dévastateur ?
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Si toutes les activités humaines affectent la planète, l’impact du secteur minier est sans doute parmi les plus spectaculaires. À Kiruna, en Suède, la mine de fer – et désormais de terres rares – a rendu les sols si instables que la ville est obligée de déménager peu à peu. Partout ailleurs, du Chili à l’Afrique du Sud, l’extraction transforme les paysages : montagnes arasées, déchets entassés façon collines, « drainages miniers acides » contaminant les rivières alentour, terres empoisonnées à l’arsenic ou au mercure… Sans compter une utilisation massive d’eau – alors même que la moitié des mines de lithium de la planète, par exemple, se situe dans des zones sèches, voire arides.
« Le propre d’une mine est d’avoir un impact sur le territoire, reconnaît Danielle Martin, du Conseil international des mines et métaux (ICMM), dont les membres exploitent 650 sites dans 50 pays. Mais des entreprises s’engagent pour rendre ces conséquences acceptables. » La compagnie Anglo American affirme ainsi que 64 % des eaux qu’elle emploie sont issues de la réutilisation. Tandis qu’en Australie, Gold Field s’enorgueillit d’avoir restauré le sol et la végétation d’une ancienne mine d’or, au point de rendre les traces du site indétectables. « La phytoremédiation consiste à utiliser des végétaux pour fixer les métaux contaminants dans leurs feuilles ou leurs racines. Cela limite leur transfert des résidus miniers vers les cours d’eau », ajoute Émilie Janots, géologue au CNRS, qui a observé cette pratique en Espagne et au Portugal.
Partout ailleurs, du Chili à l’Afrique du Sud, l’extraction transforme les paysages
Côté déchets, un épisode a durablement marqué le secteur. En 2015, au Brésil, des monceaux de boues de résidus miniers s’amoncelaient derrière un barrage. Lorsque la retenue a cédé, 50 millions de mètres cubes d’effluents toxiques – l’équivalent de 20 000 piscines olympiques – se sont répandus en une marée orange. « Depuis, certaines compagnies font sécher les boues de leurs mines afin de les rendre solides et moins instables », décrit Danielle Martin, de l’ICMM. Mais ces démarches dépendent de la bonne volonté des compagnies. « Certains gros consommateurs de métaux, comme Volvo ou BMW, exigent une traçabilité des matériaux qu’ils achètent. Mais des dizaines de milliers de compagnies minières n’appliquent sans doute aucune mesure de durabilité », admet la porte-parole.
D’autant plus que les mines s’installent souvent dans des zones de non-droit comme des déserts ou des forêts reculées. De quels recours disposent des populations indigènes lorsque BHP ou Rio Tinto, respectivement première et deuxième multinationales minières, jettent leur dévolu sur leur territoire ? Peut-on imaginer la moindre transparence concernant l’aluminium issu du travail forcé de Ouïghours en Chine ? Sans compter les mines artisanales, certes minoritaires dans la production mondiale, mais d’où l’on extrait toujours des « minerais de sang ». La République démocratique du Congo, par exemple, fournit 35 % de la production planétaire du tantale – ce métal indispensable à la finesse de nos batteries de téléphone et d’ordinateur. Dans l’Est du pays, c’est un véritable Germinal tropical : les mines sont des boyaux verticaux creusés à la pelle dans la terre rouge, où enfants et adultes descendent sans la moindre protection. Les minerais qu’ils en tirent servent en bonne partie à financer des groupes armés. Et les tentatives de traçage occidentales tiennent difficilement le choc face à la corruption ou à la contrebande en direction du Rwanda voisin.
Du côté des mines industrielles, tenues par des sociétés ayant pignon sur rue, ce sont les rapports de force avec le Sud qui sont déséquilibrés. « Vous me direz que ces pays sont d’accord de mener ces extractions minières, mais on est en pleine logique d’accaparement. Car ces États peuvent être tenus par la dette, par des plans d’ajustement structurels [engagements avec le FMI ou la Banque mondiale] qui les obligent à développer le secteur minier », dénonce la journaliste Celia Izoard, autrice de La Ruée minière au xxie siècle (Seuil, 2024), dans le quotidien belge d’actualité économique et politique L’Écho. À ses yeux, la boulimie mondiale de minerais entraîne la planète vers de « graves conflits ». Comme d’autres, elle appelle à limiter drastiquement la demande de métaux, notamment dans le BTP et le numérique.
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