VOUS avez vendu vos deux ou trois Tesla, ne supportant plus la conduite d’un nazillon survolté qui a perdu les pédales. Votre conseiller financier vous suggère d’investir cet argent dans les « terres rares ». Vous hésitez beaucoup. Pas de panique, le 1 est là pour vous aider.

Sachez d’abord que ce ne sont pas des terres et qu’elles ne sont pas forcément rares. Faut-il dénoncer, une fois de plus, l’influence néfaste de la langue anglaise ? Selon les uns, cette expression malheureuse viendrait d’une traduction approximative de rare earth elements, alors qu’il aurait suffi de parler de « minerais stratégiques ». D’autres, mettant hors de cause la Perfide Albion, font remonter l’appellation au xixe siècle, quand la langue française dominait la géologie : on aurait désigné ainsi des matières différentes mais présentes dans les mêmes sols.

Et en quoi sont-ils rares, s’il vous plaît, ces nombreux métaux ou composés métalliques qui attirent toutes les convoitises, avec des noms à dormir debout : néodyme, praséodyme, prométhium, samarium, gadolinium, yttrium… Une quantité limitée ? Une concentration dans quelques pays seulement ? La demande croissante dont ils font l’objet ? Leur caractère irremplaçable ?

« Rare » signifie une chose et son contraire. C’est un adjectif qui veut dire à la fois « très peu » et « considérablement ». Un oiseau rare, comme le patron de Tesla, fait preuve d’une rare stupidité…

Ce débat étymologique ne vous passionne peut-être pas alors que vos économies sont en jeu. Faites quand même attention aux mots quand votre conseiller financier vous propose un investissement. Et souvenez-vous de ce raisonnement implacable : « Tout ce qui est rare est cher / Les chevaux bon marché sont rares / Donc les chevaux bon marché sont chers. » 

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