Les amants du sous-sol
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Derrière chaque smartphone d’environ 200 grammes se cachent jusqu’à 200 kilos de matières premières. Le dopage métallique de chaque technologie des transitions bas carbone et numérique leur a apporté performance et attractivité, et a permis leur large diffusion. Mais ce « succès » a altéré notre perception de la matérialité de nos modes de vie, autrement dit de leurs impacts matériels : notre monde économique adore invisibiliser certains faits et transformer la réalité…
Derrière nos objets du quotidien se cache en effet une belle histoire d’amour entre les minerais, l’énergie et l’eau. Impossible de les dissocier. Sans eau, pas de métaux. Sans énergie, pas d’eau. Sans métaux, pas d’énergie. Un trio inséparable, mais pas franchement équilibré. Une relation symbiotique, dirait un biologiste ; « Je pompe donc je suis », dirait un Shadok. Cette relation intime entre éléments du sous-sol pourrait passer inaperçue si l’ensemble des activités minières et métallurgiques (en y incluant le ciment et le béton) ne représentait pas déjà aujourd’hui près de 14 % de la consommation d’énergie primaire et 17 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Décarboner l’énergie ou les transports implique d’utiliser des technologies gourmandes en minerais, mais ces minerais nécessitent à leur tour des procédés très énergivores pour être transformés en métaux, qu’il s’agisse de les extraire, de les broyer ou encore de les raffiner. À vouloir nous alléger, on alourdit le fardeau !
L’industrie minière fournit certes des métaux, mais elle est aussi la première productrice mondiale de déchets
Or, le temps passant, un problème se pose : avec l’appauvrissement des gisements – c’est-à-dire la baisse de leur concentration –, il faut extraire davantage de roche pour obtenir la même quantité de métal, ce qui accroît la consommation d’énergie et d’eau, mais également la production de déchets miniers – un phénomène qui tend d’ailleurs à augmenter avec la taille des mines. Imaginez qu’avec la concentration actuelle de cuivre au Chili, pourtant premier producteur mondial de ce métal, on récupère seulement 6,4 kilos de cuivre dans 1 tonne de minerai, contre le double un siècle plus tôt. Résultat : l’industrie minière fournit certes des métaux, mais elle est aussi la première productrice mondiale de déchets !
En parallèle de l’énergie, l’eau est souvent considérée comme la première victime de l’équation minière, car elle est partout : au fond de la mine, où il est nécessaire de la pomper ; et dans l’ensemble de la chaîne de transformation, où elle va être utilisée et, en fin de compte, rejetée ! Cela affecte à la fois sa disponibilité – la quantité d’eau accessible pour les autres activités –, mais également sa qualité. Ajoutons qu’une bonne partie de la production métallique est déjà située dans des zones à fort risque de sécheresse et que de nombreux conflits d’usages se posent avec des activités agricoles ou avec des riverains.
Avec de tels impacts, notre rationalité devrait nous conduire à freiner cette ruée vers le trio métaux-eau-énergies. Le modèle alternatif reposerait sur la sobriété, une sobriété matérielle fondée sur les besoins et non sur nos envies. En refusant d’affronter cette remise en question profonde, nous nous réfugions derrière la maxime désormais célèbre des Shadoks : « S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème. » Une manière bien commode d’ignorer l’urgence du réel.
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