Vous parlez d’une « crise de l’hospitalité » pour qualifier cette période particulière de l’histoire de la migration. Quand démarre-t-elle ?

On sait que l’arrivée en Europe, par la Méditerranée, de personnes originaires d’Afrique subsaharienne est un phénomène ancien, récurrent, qui connaît des cycles. Le dernier démarre en 2015, quand deux naufrages causent la mort de plus de 800 personnes. À l’époque, un tel événement secoue encore les consciences. En parallèle, des réfugiés d’Irak, d’Afghanistan et de Syrie commencent à affluer sur les routes d’Europe du Nord tandis qu’une situation intenable se développe à Calais. La migration prend alors un visage dramatique sur les écrans de télévision et oblige à une réponse institutionnelle. 

Quelles sont les causes de ce nouveau cycle ?

La Libye a joué un rôle clé. En 2011, la mort de Kadhafi relance le flux de départs. Dans sa descente aux enfers, la Libye devient très dangereuse pour les migrants. Ceux qui avaient pour projet de s’y installer – le pays est très demandeur de main-d’œuvre étrangère – se retrouvent à devoir fuir. La guerre en Syrie, qui éclate la même année, constitue un deuxième facteur important. À l’échelle individuelle, d’autres causes – économiques, politiques, démographiques, climatiques – s’entremêlent et font qu’à partir de 2015, un plus grand nombre de gens veulent quitter leur pays. 

Quelle fut la réponse des institutions ?

En 2013, déjà, le naufrage d’un navire au large de Lampedusa, qui a provoqué la mort de 366 personnes, entraîne une première réponse institutionnelle de l’Italie : Mare Nostrum. L’opération militaire est avant tout une mission de sauvetage. Elle sauve 200 000 vies avant d’être suspendue, fin 2014, lorsque l’Europe, enfermée dans son schéma de « Dublin » [règlement européen selon lequel la responsabilité de l’examen de la demande d’asile d’un réfugié est déléguée au premier pays qui l’a accueilli], décide de ne pas soulager l’Italie du poids financier

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