L’embarquement se fit sous le regard crispé d’hommes armés et en uniforme. Des policiers ou des militaires, pensa Semhar, qui eut du mal à s’expliquer une telle présence. À ce stade, personne n’aurait pensé à fuir. Tous avaient plutôt hâte de prendre le large, de disparaître des yeux de leurs bourreaux. Il n’était pas rare, en fait, qu’une bande rivale profite de ce moment, quand ce n’était pas en mer, pour s’approprier la marchandise. Pour l’Oncle, que Semhar ne verrait jamais, c’était à la fois une question d’honneur et de crédibilité. S’il laissait faire, à la longue il perdrait un marché lucratif. Pour les candidats au départ, tout était à recommencer. Car il fallait payer à nouveau en trimant pour d’autres maîtres.

Semhar embarqua, poussée par les « Yallah ! Yallah ! » des passeurs. Sa poitrine accueillit une main baladeuse en guise d’adieu. Ils devaient être une cinquantaine dans son groupe. Le zodiac s’enfonça à ras bord dans l’eau, sous le poids des passagers. Tous noirs. Les uns avaient trouvé refuge au fond du canot ; les autres, sur le rebord où ils avaie

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