Les chiffres déchiffrés

Consensus et discussions

Les scientifiques s’accordent pour constater un effondrement des populations d’abeilles dans le monde entier. Depuis des années, l’Europe perd 30 % de ses colonies que les apiculteurs renouvellent avec grande difficulté. L’année dernière ce chiffre a atteint 42 % aux États-Unis et 58 % en Ontario. Si ces constats font consensus, l’origine du problème est l’objet de discussions. Mais de plus en plus de voix scientifiques s’élèvent pour dénoncer le rôle des pesticides dans ce qu’il convient d’appeler une hécatombe. Regroupant 27 académies des sciences européennes, l’EASAC (European Academies Science Advisory Council) a rendu cette année un rapport faisant explicitement le lien entre ces substances et le sort inquiétant non seulement des abeilles, mais également de la biodiversité. Principale ONG consacrée à la cause environnementale, l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) s’appuie sur un réseau de chercheurs qui a évalué et synthétisé quelque 1 121 études scientifiques sur le sujet. Cet impressionnant travail publié en 2015 fait état d’un large consensus scientifique contre les pesticides néonicotinoïdes, qui empoisonnent les colonies et les rendent plus vulnérables aux parasites naturels et aux maladies.

La terreur grimpe d’un cran lorsque l’on réalise que ces chiffres se rapportent quasi exclusivement aux abeilles domestiques. Les mesures sont très généralement mises en œuvre dans le cadre de surveillances apicoles. Une autre dimension du problème concerne les abeilles sauvages, et plus généralement les pollinisateurs sauvages, beaucoup plus difficiles à suivre. Ces dernières sont tout autant exposées à ces substances nocives, sans pour autant bénéficier des mêmes soins que leurs consœurs domestiquées : renouvellement d’essaims, conditions d’installation facilitées, traitement des maladies et des parasites. Tout indique que le bilan pour la faune est donc encore plus lourd, notamment en raison des effets en cascade sur les oiseaux insectivores. Mais ce bilan reste pour le moment largement méconnu.

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