Juin 2020. Ils sont douze sur vingt-quatre, un par table. Les mêmes que derrière l’écran. Je n’aurai pas de nouvelles des autres. Au-dessus du masque en tissu blanc qui dévore la moitié de leur minois, les yeux pétillent. Mes sixièmes sont venus avec leur gros cartable, sans trop savoir quoi mettre dedans. Il va falloir faire le point sur ce qui a été fait ou non, sur les cours qu’ils n’ont pas pu imprimer, les notions à revoir. Nous allons parler mathématiques, histoire-géographie et anglais. Mais avant, je veux savoir comment ils vont, sans intrusion. Ils connaissent déjà le principe de la météo du jour : P. commence : « Je suis soleil, parce que je suis trop contente d’être à l’école ! ». O. corrige « Soleil, d’accord, mais avec des nuages, parce que, moi, j’ai peur. » M., dans son coin ne réagit pas. Je l’interroge, il bougonne : « Je n’ai pas envie de répondre. » La pudeur l’empêche d’évoquer ce que je devine déjà, la promiscuité avec les frères et sœurs, les parents anxieux et fatigués, leur difficulté à faire face financièrement à la situation, leur colère parfois. J

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