Les accords d’Oslo ont été conclus en raison d’évolutions sur la scène intérieure – l’intifada, ce soulèvement populaire et civil qui débute à Gaza en décembre 1987 – et de la nouvelle donne stratégique issue de la guerre du Golfe de 1990-1991 – effondrement de l’URSS, réaffirmation du leadership américain et affaiblissement de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

 

De Madrid à Oslo

Mais, avant de parler d’Oslo, il faut revenir à la conférence de paix de Madrid qui s’est ouverte le 30 octobre 1991 sous le coparrainage des États-Unis et de la Russie, et a réuni autour d’une même table Israël, la Syrie, le Liban, l’Égypte et une délégation jordano-palestinienne – Israël, ne reconnaissant pas les Palestiniens, refusait d’être face à eux.

Pourtant, en 1988, le chef de l’OLP avait admis le droit à l’existence d’Israël à la tribune de l’ONU et déclaré renoncer au terrorisme. Dans ce discours, il s’appuyait sur la résolution 181 de l’ONU – le plan de partage en deux États, rejeté par les pays arabes en 1947 – considérant que ce texte « assure les conditions de légitimité internationale qui garantissent également le droit du peuple palestinien à la souveraineté et à l’indépendance ». En reconnaissant Israël, Arafat permettait l’ouverture de négociations, car c’était l’une des conditions posées en préalable à tout dialogue. Il poursuit en 1989 dans cette voie et, sur les conseils du président français de l’époque, François Mitterrand, déclare que la charte de l’OLP est « caduque », ce qui marque une nouvelle reconnaissance de facto de l’État d’Israël et représente à ce titre un pas significatif.

La conférence se tient en raison de la transformation de l’environnement international, à savoir la fin du monde bipolaire issu de la Seconde Guerre mondiale. Ce système a bloqué toute évolution jusqu’à la fin des années 1980, lorsque le bloc soviétique s’effondre. La guerre du Golfe, déclenchée à la suite de l’invasion du Koweït par les troupes irakiennes à l’été 1990, va permettre à Washington de mettre en place un large front anti-irakien et de s’affirmer comme la puissance incontestée. Au lendemain de cette guerre, alors que les Américains se voient reprocher un « deux poids, deux mesures » pour n’avoir jamais déployé d’efforts diplomatiques en vue de faire respecter les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU relatives au conflit israélo-palestinien, le secrétaire d’État James Baker décide de lancer un processus de négociation globale. Israël refuse dans un premier temps d’y prendre part et il faut que Washington brandisse la menace de ne pas accorder les garanties bancaires dont il a besoin pour contraindre le Premier ministre de l’époque, Yitzhak Shamir, membre du Likoud, à y participer.

Les travaux de Madrid permettent que les parties reconnaissent pour base de leurs discussions les deux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies : la résolution 242 (1967), qui demande le retrait des forces israéliennes des territoires occupés et la reconnaissance d’Israël par ses voisins arabes, et la résolution 338 (1973), qui préconise l’ouverture de négociations permettant une application de la résolution précédente. Cette reconnaissance des résolutions de l’ONU est centrale, car elle permet de répondre aux accusations de double standard des Occidentaux. La conférence de Madrid a également permis de mettre en place un cadre pour des négociations bilatérales (israélo-jordaniennes, israélo-libanaises, israélo-syriennes et israélo-palestiniennes) et multilatérales sur cinq questions fondamentales : coopération et développement économique, environnement, ressources en eau, réfugiés, contrôle des armements et sécurité régionale. Mais l’exclusion de l’OLP du cadre des négociations, à la demande des Israéliens, bloque toute avancée sur la question palestinienne. Dès lors, les discussions sur les autres sujets marquent le pas. La victoire du travailliste Yitzhak Rabin aux élections de juin 1992 va permettre une évolution de la situation et tout particulièrement l’ouverture d’une diplomatie parallèle à Oslo.

Et c’est ainsi que le 13 septembre 1993, en présence du président américain Bill Clinton, qui joue le rôle de médiateur, Yasser Arafat et Yitzhak Rabin échangent une longue poignée de main. Ils viennent tous deux de signer les accords d’Oslo qui prévoient la reconnaissance d’Israël par l’OLP, la création d’une Autorité palestinienne à Gaza et sur une partie de la Cisjordanie, ainsi qu’une période de transition de cinq ans devant conduire à un État palestinien indépendant.

 

Le processus de paix paralysé

Mais la faiblesse du mécanisme d’Oslo est qu’il n’y a pas eu de parallélisme des formes. Les Palestiniens ont abattu toutes leurs cartes immédiatement avec l’espoir d’obtenir la reconnaissance de leurs droits. Ils ont admis l’existence de l’État d’Israël et accepté de parler d’une Autorité palestinienne et non d’un État. Les Israéliens ont reconnu l’OLP sans parler de la possibilité d’un État et ont gagné du temps par tous les moyens en s’appuyant sur les colons contre le processus.

Lors de la signature de la déclaration de principe de Washington, personne ne voulait voir que les extrémistes de tous bords tenteraient de saboter le processus de paix. Le 25 février 1994, le meurtre perpétré par Baruch Goldstein, un colon membre du parti nationaliste religieux Kach, a fait trente morts parmi les musulmans priant dans le caveau des Patriarches un vendredi de ramadan. Ce colon parlait avant l’attentat de la nécessité de provoquer l’arrêt du processus de paix par tous les moyens. Il s’est donné la mort ensuite et sa tombe est devenue un lieu de pèlerinage pour de nombreux Israéliens partageant ses idées.

Dans les mois qui ont suivi, Rabin a été l’objet d’une campagne très violente de la part de la droite et de l’extrême droite. Le 4 novembre 1995, il est tué par Yigal Amir, un étudiant de 25 ans, représentant la frange la plus extrémiste de cette opposition religieuse israélienne, marginale mais déterminée à faire échouer le processus de paix. À partir de là, le processus va bifurquer. Quant au Hamas, il organise une vague d’attentats qui, entre le 25 février et le 4 mars 1996, provoquera la mort de soixante-six civils israéliens. Ce groupe né dans la bande de Gaza et encore marginal rejette également le processus initié à Madrid.

Dans ce contexte, les élections israéliennes du 29 mai 1996 sont dominées par les questions de sécurité et Shimon Peres, nommé Premier ministre après l’assassinat de Yitzhak Rabin, n’a pas réussi à s’imposer, ce qui entraîne le retour de la droite. Le double scrutin donne une courte majorité de voix d’une part à Benjamin Netanyahou, chef du Likoud (avec 50,3 % des suffrages contre 49,7 % pour M. Peres), et d’autre part à une coalition de droite à la Knesset. L’arrivée au pouvoir du leader de la droite va remettre en cause les quelques acquis du processus, car il est opposé à l’établissement d’un État palestinien, ce qui va à l’encontre des engagements pris en 1993. Les directives de son gouvernement sont : l’opposition « à l’établissement d’un État palestinien et au “droit au retour” de populations arabes sur n’importe quelle partie d’Eretz Israël [le grand Israël] à l’ouest du Jourdain ». En second lieu, « Jérusalem, la capitale d’Israël, est une ville sacrée et indivisible et elle restera pour toujours sous la souveraineté d’Israël ». Enfin, le gouvernement s’assigne, parmi ses priorités, « le renforcement, l’élargissement et le développement des implantations en Israël ». Alors même que les accords d’Oslo avaient ménagé l’avenir et laissé nombre d’incertitudes sur le contenu de l’accord définitif – condition jugée indispensable pour favoriser le processus de paix –, le nouveau gouvernement rompt avec l’« ambiguïté constructive » sur laquelle reposait Oslo.

Dès lors, les Palestiniens dénoncent les violations israéliennes des accords d’Oslo et le non-respect de leurs engagements : colonisation, expropriation des terres, punitions collectives, entraves à la mobilité, retraits annulés. Tout cela relève pour les Palestiniens d’une logique de coups de force permanents visant à empêcher l’établissement d’un État palestinien.

La droite israélienne a accepté de se rendre à Madrid avec l’idée de faire traîner les négociations de façon à ne jamais permettre l’établissement d’un État palestinien, tout en accroissant la colonisation des territoires occupés de telle façon qu’il n’y ait plus de solution possible. Elle n’a eu de cesse de remettre en question la légitimité d’Arafat, considérant qu’il n’était pas un interlocuteur fiable, pour mieux justifier leur refus de discuter. En face, les Palestiniens ne disposaient que de peu de cartes, et c’est le Hamas qui, en organisant des attentats en Israël a donné des arguments pour réprimer toute expression palestinienne. L’apprentissage de la confiance qui était à la base du processus lancé à Madrid a très vite volé en éclats, rendant impossible toute négociation. Trente ans plus tard, le courant politique responsable de la mort de Rabin est au pouvoir en Israël et l’OLP est complètement délégitimée, au profit du Hamas. 

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