Si l’on veut mettre les territoires français en mouvement, il faut donner un coup de pied dans la fourmilière. Il faut supprimer l’échelon départemental, organiser une trame de pouvoirs locaux démocratiques sur la base d’aires urbaines (centre, banlieue et périurbain) et construire une véritable autonomie fiscale, impliquant liberté et responsabilité pour les deux niveaux fondamentaux, le local et le régional.

La suppression du département n’est pas une lubie. Cette collectivité locale a longtemps correspondu à un espace où un individu pouvait vivre toute sa vie. Le département est aujourd’hui obsolète. L’échelon régional se présente en revanche comme un territoire adapté à notre époque, susceptible d’offrir à chacun, au cours de sa vie, les ressources pour son propre développement personnel. L’association entre régions et métropoles le permet. Chaque habitant doit pouvoir tirer profit de la présence proche d’une grande ville, lieu de productivité, de créativité et d’ouverture. C’est une exigence d’autant plus raisonnable que nous disposons d’un réseau de grandes villes qui possèdent ou peuvent acquérir rapidement un statut de métropole. 

Précisons enfin que l’Île-de-France n’est pas une région mais une aire urbaine. Ses ressources exceptionnelles doivent être mises au service d’une métropolisation partagée avec les espaces moins dotés qui l’entourent. Autrement dit, une grande région à l’échelle de Paris, sa capitale, donnerait aux habitants du Bassin parisien un droit d’accès et un droit de partage avec la très grande ville proche. Comme dans la Randstad aux Pays-Bas, ou la plaine du Pô en Italie, les petites villes y gagneront, en attirant vers elles certaines des ressources de la métropole.

Mettre les territoires français en mouvement, c’est mettre les Français en mouvement. Les nouveaux découpages n’ont de sens que s’ils sont désirés, s’ils permettent l’invention de nouveaux modèles de développement. En ce sens, l’identité est aussi une ressource : personne ne propose de rattacher la Corse à une autre région. La Bretagne et l’Alsace sont une chance pour la France car elles contribuent à dépasser la culture du corporatisme assisté qui caractérise trop souvent la relation à l’État. 

Que le Gouvernement et le Parlement aient leur mot à dire, c’est logique, mais il faut écarter le risque d’une interprétation technocratique. Une solution simple et efficace serait qu’un Haut Conseil des territoires, indépendant de tous les pouvoirs politiques, enregistre les demandes, constate les solidarités et fasse des propositions que gouvernants et citoyens devront finalement valider.

Il est bien sûr illusoire de penser qu’un nouveau découpage des régions puisse résoudre tous les problèmes de l’espace français. Celui-ci connaît d’abord un problème de développement. La plus grande partie du territoire, à la seule exception des grandes villes, a une productivité par habitant inférieure à la moyenne européenne. Mais les collectivités locales souffrent aussi d’un lourd déficit démocratique. La tradition étatiste, figée depuis le début de la IIIe République, a sanctuarisé dans des institutions auto-verrouillées le refus de véritables gouvernements locaux. La cohérence du « millefeuille » est là, avec ses pesanteurs corporatistes. Il est grand temps d’inventer autre chose.  

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