Je n’aurais pas aimé rencontrer Philip Roth – il y avait chez lui quelque chose de féroce et vif, d’âpre et tranchant sous l’ironie mordante –, je n’aurais pas su garder ma distance critique, mon sang-froid, ma repartie. Il faut me comprendre : je l’aimais trop. Dans les rares entretiens qu’il a accordés, on devinait qu’il ne cherchait pas à plaire, ses livres suffisaient, ils racontaient ses obsessions, ses fantasmes, ses renoncements, ses refus, ses préférences et ses dégoûts. Jamais une œuvre n’aura autant révélé son auteur, et c’est pourquoi une vie durant je me suis précipitée en librairie pour acheter ses livres, le jour même de leur parution, mais n’ai jamais cherché à l’apercevoir, pas même pour obtenir une dédicace. Ils sont rares les écrivains dont on peut dire : « J’ai tout lu », et ajouter : « J’ai tout aimé (ou presque). » Depuis ce désopilant recueil de nouvelles Goodbye, Columbus jusqu’à cette tragédie humaine qu’était Némésis, je n’ai cessé de lire l’œuvre de celui qui, en soixante ans de carriè

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