Parti pris

En écoutant Marcel Gauchet

Il fallait écouter le philosophe Marcel Gauchet, le 11 janvier à la matinale de France Inter. L’auteur du Désenchantement du monde a eu les mots qu’il fallait pour cerner le désenchantement de la politique, et ce qu’il a appelé son impasse. « Aujourd’hui, expliquait-il, les débats symboliques, donc les signes, comptent autant que les réalités. » Face à Daech et au terrorisme, « nous devrions plutôt avoir un débat sur le budget de la Défense, et personne n’en parle ! », tonnait Marcel Gauchet, exprimant le malaise, pour ne pas dire l’irritation, qui nous gagne face à l’ampleur prise par la question de la déchéance de nationalité. Si tout un chacun s’accorde à reconnaître qu’une telle mesure – portée dans la Constitution – sera d’un effet nul ou quasi, la place qu’elle occupe dans -l’espace public, relayée par une machine médiatique tournant en boucle, en dit long sur l’impuissance du pouvoir. Faute de répondre concrètement et surtout efficacement aux urgences, à commencer par l’aggravation du chômage de longue durée que l’on veut une nouvelle fois combattre par des artefacts et des jeux d’écriture, la gauche en panne d’identité se perd dans une bataille symbolique inutile et désespérante. Si puiser des références de droite est pour un président dit de gauche le comble de la subtilité politique, alors on préfèrera la prosaïque culture du résultat à celle, incertaine, hasardeuse et stérile, du billard à plusieurs bandes. 

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Le chiffre de Jean Viard Où est le peuple ?Jean Viard