1. Vincent Bolloré est à la tête d’un réseau complexe de holdings qui détient une grande partie de la Financière de l’Odet, contrôlant elle-même 64 % du groupe Bolloré.

2. Avec 27 % de participations, le groupe Bolloré est 

l’actionnaire principal de Vivendi, qui contrôle :

– le groupe Canal+ : Canal+, CNews, CStar, C8, StudioCanal…

– Editis : Nathan, Bordas, Le Cherche Midi, Robert Laffont, Julliard, Plon…

– Prisma Media : Télé-Loisirs, Voici, Femme actuelle, Capital, Gala…

Vivendi est le premier actionnaire du groupe Lagardère (Europe 1, RFM, Virgin Radio…) avec 27 % du capital et 22 % des droits de vote. Le sort de Paris Match, du JDD et des éditions Hachette n’a pas encore été décidé.

Vivendi est également actif en Italie, avec une participation de 24 % au capital de Telecom Italia, et en Espagne, avec 9,9 % de Prisa, un groupe de presse qui possède notamment le groupe El Pais et 20 % du groupe Le Monde.

3. Blue Solutions : conception et création de batteries lithium métal polymère pour véhicules hybrides comme les Autolib’, les Bluebus ou les Bluetram.

Bluestorage : entreprise de stockage d’énergie.

Blue Systems : ensemble d’entreprises de services et de production dans les domaines de la haute technologie, du conseil et de la mobilité intelligente (« smart mobility »).

4. À travers la Socfin, dont il est actionnaire à 39 %, et plusieurs autres sociétés, le groupe Bolloré exploite environ 200 000 hectares de plantations d’hévéas et de palmiers à huile en Afrique et en Asie.

Allumez votre radio sur Europe 1 et il est là. Zappez de Canal+ à CNews et il est là. Attrapez distraitement le journal gratuit qu’on vous tend dans la rue et il est là. Allez au cinéma et il est là. Regardez une pub et il est là. Écoutez Johnny Hallyday, écoutez U2 et il est encore là. Ouvrez Voici et le voilà : Vincent Bolloré. Jamais en France un homme d’affaires n’a eu un tel accès à nos temps de cerveau. Il faut passer les frontières, aller voir Silvio Berlusconi en Italie ou Rupert Murdoch dans les pays anglo-saxons pour trouver des tycoons des médias de ce calibre-là. Mais avec une différence de taille, énorme : Vincent Bolloré, lui, se tait. Il avance en silence, avale sans rien dire, contrôle à distance. Mais quand il parle, il dit les choses, net et sans bavure. « Nous sommes des activistes », lâchait-il ainsi dans le secret d’une réunion avec les plus hauts cadres de Canal+ en septembre 2015 en prenant le contrôle du groupe. Manière de dire qu’il ne serait pas un actionnaire dormant, ronflant à l’écart en attendant les dividendes. Mais six ans plus tard, alors que s’ouvre une année présidentielle, l’activisme de Vincent Bolloré a pris un nouveau tour, un tour idéologique porté par une machine de guerre médiatique.

Il a, sur les cendres d’i-Télé, bâti CNews, vitrine et chambre d’écho d’une droite réactionnaire – au mieux –, le plus souvent extrême, incarnée par un délinquant multirécidiviste, condamné trois fois, dont nombre des saillies sur l’antenne lui valent des poursuites, des amendes du Conseil supérieur de l’audiovisuel – on parle d’Éric Zemmour. Il a pris le pouvoir à Europe 1, où il applique les mêmes recettes, exportant à la radio les visages emblématiques de CNews. Au printemps dernier, il a pris le contrôle de Prisma Media, le premier groupe de presse magazine en France – Voici, Capital, Femme actuelle, Télé-Loisirs… – qui se vante d’être chaque mois « en contact » avec « plus de 42 millions de Français ». Il y a les 8,9 millions d’abonnés revendiqués à Canal+, les 2,3 millions d’auditeurs quotidiens d’Europe 1, le million de téléspectateurs qu’atteint régulièrement l’émission de Zemmour sur CNews ou encore les téléspectateurs de C8 (2,1 % de part d’audience, selon Médiamétrie). Dans sept mois, il faudra élire un président de la République ; l’empire de Vincent Bolloré se rendra aux urnes.

Peu importe le nom du journal, pourvu que Vincent Bolloré ait la laisse. Et qu’elle soit courte : chacune des unes est validée par le proprio en personne

La scène se passe le 6 juin 2006 au pavillon d’Armenonville, un ancien relais de chasse du bois de Boulogne que les âmes bien nées peuvent privatiser pour s’épouser en toute quiétude. Ce jour-là se marient Chloé Bouygues, nièce de Martin, et Yannick Bolloré, fils de Vincent. Le père est là ; l’oncle non : il est fâché. « Vincent Bolloré s’est comporté comme un voyou. Il m’a roulé, trompé, humilié. Je n’oublierai jamais », déclarait en 2003 Martin Bouygues à Challenges et sur un ton auquel le capitalisme français n’est pas habitué. Car c’est sur son dos et sur celui de sa fructueuse TF1, que Vincent Bolloré a tenté, en 1998, un raid bien à sa manière (c’est ainsi qu’il a fait le plus gros de sa fortune en mettant petit à petit la main sur la banque Rivaud en 1996) : il achète des actions Bouygues en bourse, de plus en plus, et tente, façon coucou, de faire sa loi dans le groupe. Il s’en fera éjecter moyennant 300 millions d’euros, signant là l’échec de sa toute première tentative pour entrer dans le chatoyant monde des médias. 

La deuxième sera la bonne. D’abord avec Havas, l’une des plus grosses agences de pub au monde : il débarque dans les médias en prenant le contrôle de la main qui les nourrit, la publicité. Habile. La conquête est spectaculaire, qui voit Vincent Bolloré croquer progressivement 22 % d’Havas et, en 2005, retourner l’assemblée générale des actionnaires et entrer avec ses hommes au conseil d’administration. « Ce n’est pas le loup ni Dark Vador », annonce-t-il en se levant pour monter sur scène. Non, c’est les deux à la fois. À la même période, Vincent Bolloré a été à deux doigts d’un coup d’éclat : racheter Libération. Son idée était simplissime : fournir en contenus journalistiques la grille de Direct 8, la chaîne de télé qu’il s’apprêtait alors à lancer. Toute la journée, des caméras installées dans les locaux de Libération auraient filmé tel ou tel journaliste venant, en direct, délivrer son expertise. L’affaire a vite capoté, mais on n’arrête pas un Vincent Bolloré lancé au galop…

Et le 31 mars 2005, c’est en personne qu’il inaugure Direct 8 en direct – c’est alors le concept – depuis la tour Bolloré à Puteaux, le siège de son groupe. Il a mis le pied dans la porte de la TNT qui voit, pour la première fois depuis vingt ans, s’ouvrir un paysage audiovisuel français cadenassé. Entre incidents techniques réguliers à l’antenne et mascotte de la chaîne – un poulet géant baptisé Tuih-Tuih (pour huit à l’envers) dans lequel transpire un intermittent du spectacle –, le résultat de cette télé de patronage est risible. Déjà, pourtant, Vincent Bolloré pose ses jalons : plus d’un an avant le lancement de Direct 8, ce fervent catholique a missionné son confesseur personnel, l’abbé Gabriel Grimaud, pour qu’il conçoive une émission religieuse, et recruté lui-même la troupe de ce qui deviendra, sept années durant, Dieu merci !.

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