Le syndrome d’anxiété anticipatoire
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« Ma grand-mère et moi aimions le ciel bleu, mais maintenant je ne l’aime plus. Maintenant, je préfère le ciel gris parce que les drones ne peuvent pas voler quand le ciel est nuageux », a raconté le jeune Pakistanais Zubair, 13 ans, à des parlementaires américains mobilisés pour changer la politique de l’administration Obama en matière de drones. La grand-mère de Zubair a péri dans l’attaque d’un de ces avions sans pilote sur le terrain familial situé au Nord-Waziristan, une région des zones tribales frontalières avec l’Afghanistan. C’était la seule sage-femme de son village. Zubair et ses deux sœurs ont pour leur part été grièvement blessés.
Dans ce coin reculé du Pakistan, l’histoire de Zubair est tristement banale. Les attaques de drones font des victimes et des blessés parmi les civils, détruisent les habitations et les infrastructures et terrorisent les populations locales. Les témoignages qui font état d’une peur permanente d’être la prochaine victime sont nombreux, les drones ayant trop souvent démontré leur incapacité à distinguer entre un terroriste et un civil. Le sentiment d’insécurité est tel que la plupart des activités sociales ordinaires sont désormais perçues comme potentiellement dangereuses : les enfants ne vont plus à l’école de peur de mourir, les adultes se rendent au travail la peur au ventre, et un mariage, un enterrement ou une réunion entre amis peuvent être désormais assimilés à tort à des réunions talibanes et être pulvérisés.
La possibilité d’une attaque est donc constamment présente à l’esprit des personnes qui ne tolèrent plus les multiples drones saturant le ciel de leur vrombissement particulier. L’imprévisibilité des frappes, couplée au caractère incontrôlable de la situation et au sentiment d’impuissance des populations, génère un syndrome désigné par les psychiatres sous le terme d’anxiété anticipatoire, un mal bien connu des zones de conflits. Les symptômes sont multiples : crise de nerfs et de colère, pleurs, irritabilité, dépression, insomnie, évanouissement, voire hallucinations…
La liste des troubles psychiques provoqués par les drones est longue et peut toujours se rallonger de somatisations variées. Les populations des zones tribales sont donc prises en étau entre les attaques de drones, les opérations militaires de l’armée pakistanaise et les militants extrémistes. Des centaines de milliers de personnes déplacées internes (IDPs) ont déjà fui ce qu’une victime a qualifié « d’enfer sur terre ».
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