Parce que le gouverneur républicain de Floride, déterminé à se bâtir une stature présidentielle, a engagé un bras de fer avec l’entreprise Disney depuis qu’elle s’est déclarée hostile à ses mesures discriminatoires envers les homosexuels, on entend dire qu’il s’agirait d’une crise historique, opposant « l’Amérique de Disney » au pays profond, traditionaliste et conservateur, lequel serait outré par le progressisme insupportable d’une entreprise désormais désavouée. Or, s’il se trouve certes une poignée d’ultraréactionnaires américains et de conspirationnistes pour accuser Disney de camoufler des messages à caractère sexuel dans ses films ou pour juger intolérable qu’une sirène – horresco referens – fût noire, le mariage entre le géant du divertissement et le pays se porte bien. Les imputations fantaisistes d’un gouverneur républicain désireux de sortir de son étiage sondagier ne doivent pas aveugler : Disney n’a jamais été une entreprise subversive, au contraire, son histoire est celle de la fabrication d’une Amérique consensuelle, conservatrice et idéalisée.

La création des studios Disney au début des années 1920 à Los Angeles fut d’emblée placée sous le signe du divertissement que l’on espérait « de masse » mais aussi de la modernité artistique. Comme Hollywood, sa voisine, l’entreprise fondée par Walt Disney a très vite dû résoudre une équation difficile : comment fabriquer des œuvres qui soient des succès commerciaux, donc qui connaissent un grand retentissement populaire, et innover sur la forme, renouveler le genre, être à l’avant-garde des arts visuels, au risque de ne satisfaire qu’une petite élite éduquée ?

Si la presse de cinéma fait à l’occasion la fine bouche par rapport au sentimentalisme de ses films, Disney émerveille des dizaines de millions d’enfants américains et leurs familles

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