Si vous deviez définir l’état du Royaume-Uni et des Britanniques aujourd’hui, quel mot vous viendrait d’abord à l’esprit ? 

C’est le mot division. Je n’ai pas souvenir que mon pays ait été autant divisé. Et le second mot qui vient, c’est : confusion. Énormément de gens sont dans un état de désillusion et n’ont aucune perspective de s’en sortir, et c’est d’abord cela qui explique le vote pour se retirer de l’Europe. L’Union européenne a été le bouc émissaire d’un désenchantement. Divers sondages montrent que, si le vote devait avoir lieu aujourd’hui, le Brexit perdrait par six points d’écart. Mais ce ne sont que des sondages et moi, je n’en suis pas si sûr. Je pense qu’aujourd’hui un tel scrutin serait encore très serré. Car la nostalgie d’un passé où l’Empire britannique était dominant reste chez nous très présente. C’est cette nostalgie – « avant, nous étions une grande nation, tout allait tellement mieux » – qui a porté le vote pour le Brexit. Quant à ceux qui ont voté pour le maintien dans l’Europe, ce qui est mon cas, ils pensent qu’un Brexit sans accord de sortie avec l’UE portera un coup fatal au Royaume-Uni, tout en pensant que Theresa May sera incapable d’obtenir un tel accord. Bref, dans les deux camps, les perspectives ne sont pas roses. 

Finalement, selon vous, ce référendum a été une calamité pour les Britanniques…

Il a été très mal pensé et mal préparé. David Cameron [le Premier ministre conservateur qui l’a proposé] était tellement sûr de l’emporter qu’il n’a pas anticipé ce qu’il adviendrait en cas d’échec. C’est l’aspect le plus scandaleux, le plus sidérant, de ce référendum. Résultat : les partisans du « non » au Brexit se sont installés dans un sentiment de confiance. Moi-même, le soir du vote, je me suis couché avant le résultat, car je ne doutais pas de la victoire des pro-européens. Au réveil, j’étais sonné. Puis j’ai sombré dans la déprime. J’y suis encore un peu. Quant aux partisans du Brexit, on sait que leur camp a usé des moyens les plus mensongers et démagogiques pour susciter la peur et convaincre l’électorat de sortir de l’Europe.

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