En 1988, vingt ans après La Société du spectacle, Guy Debord publie Commentaires sur la société du spectacle. Livre singulier : plus on s’éloigne du temps où il a été écrit, plus il semble nous parler du monde dans lequel nous vivons ! D’où vient ce sentiment d’un texte d’autant plus actuel que le temps passe ? Peut-être du paradoxe exprimé par Debord selon lequel « il est assurément dommage que la société humaine rencontre de si brûlants problèmes au moment où il est devenu matériellement impossible de faire entendre la moindre objection au discours marchand : au moment où la domination, justement parce qu’elle est abritée par le spectacle de toute réponse à ses justifications fragmentaires ou délirantes, croit qu’elle n’a plus besoin de penser ; et véritablement ne sait plus penser ».

Comme si plus notre maison brûlait, moins nous disposions des moyens de la sauver ! 

Rappelons la définition économique et politique que Debord donne du spectacle au début des Commentaires : « le règne autocratique de l’économie marchande ayant accédé à un statut de souveraineté irresponsable, et l’ensemble des nouvelles techniques de gouvernement qui accompagnent ce règne ». Ce serait ainsi au moment où les conséquences du spectacle sur la société et sur la vie deviennent, « dans la surprenante vitesse des catastrophes », irréfutables, qu’il ne serait plus possible de formuler à son endroit une critique qui porte, c’est-à-dire une critique sur laquelle fonder une contestation du spectacle qui ne soit pas vaine. Comme si plus notre maison brûlait, moins nous disposions des moyens de la sauver ! C’est à la compréhension de ce saisissant effet ciseaux que Debord s

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