Dans l’infernal bruit de fond des temps, une voix s’est élevée, un ton d’apocalypse visionnaire. Celle de Guy Debord, froide et distincte, comme une arme acérée, vive et mouvante. Elle se décrète sans prophéties, s’affirme comme ce qui vient, ce qui nous arrive, elle nous déborde de sa conscience historique. Sa pensée est toujours « en situation », situationniste parce que située dans le cours éphémère du temps.

Une révolte, une émeute, un feu qui embrase le feu lui-même.

Celui qu’Asger Jorn – peintre, situationniste, et ami parmi les amis – décrivait comme ceci : « Guy Debord n’est pas mal connu, il est connu comme le mal » aura transformé radicalement le plan anthropologique de notre société. C’est cette profondeur qui reste incomprise. Il faudrait décrire, nommer, instruire à charge et à décharge la vie et l’œuvre de Guy Debord. Il débute dans le désœuvrement, la décréation, le nihilisme critique, le sillage des avant-gardes. De ces débuts, seule demeure une revue ronéotypée, Potlatch, qui va jeter les bases de rien de moins qu’une nouvelle civilisation, pour destituer tout pouvoir, même démocratique. Une révolte, une émeute, un feu qui embrase le feu lui-même.

Guy Debord va enclencher une « logique des foudres », comme on parle d’une « logique des avalanches ». Il impulse une série de concepts nouveaux, inédits. En un mot, une révolution totale, qui tiendra du jeu, de la guerre, de la fête perpétuelle, de l’insoumission (dont il signe la « Déclaration », contre la guerre d’Algérie). D’autres avaient entrevu ces bouleversements, mais jamais comme changement radical des conditions de la vie vécue avec une telle intensité.

Pour Guy Debord et ses compagnons situationnistes (1957-1972), tout doit se déployer sur tous les fronts et à grande vitesse. V

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