Que vous inspire l’affaire Fillon ? Que nous dit-elle de notre époque ?

L’affaire Fillon me paraît révélatrice d’une partie des contradictions du rapport de nos concitoyens à la politique. D’un côté, l’ampleur du mouvement de protestation montre que les temps sont révolus où les hommes politiques pouvaient tranquillement bénéficier de privilèges sans contrôle ni sanction. D’un autre côté, on mesure les limites de la volonté de moralisation du corps électoral au fait que François Fillon ne s’est pas effondré dans les sondages d’opinion, alors même que s’accumulent contre lui des révélations qui, dans des démocraties normalement constituées, auraient suffi à le disqualifier. 

Comment l’expliquer ?

L’électorat de droite a, non sans cynisme et non sans risque, fait bloc autour de son représentant, considérant que l’essentiel était de gagner – et sans doute est-ce un mauvais calcul – et non pas d’honorer des valeurs et des principes contraignants. On peut donc se demander si la vague de dénonciation des privilèges abusifs des élus, qui est montée au cours des dernières années, n’est pas davantage l’expression d’une rage contre le système représentatif que l’expression d’un véritable souci d’assainissement des mœurs politiques.

Que voulez-vous dire quand vous dites « non sans risque » ?

Le maximalisme en faveur de Fillon pourrait fort bien tourner à la déconfiture du fillonisme… Sans doute est-ce explicable par le fait que l’offre politique présentée par Fillon correspond mieux aux attentes du noyau dur de l’électorat de droite que l’offre plus modérée et plus européenne incarnée par Alain Juppé.

Cette situation peut-elle avoir des conséquences sur l’élection présidentielle et plus largement sur nos institutions ?

Nous vivons vraiment une remise en cause extrêmement vigoureuse du système institué en 1962. C’est-à-dire du système majoritaire qui suppose un partage bipolaire de l’opinion à travers l’élection présidentielle et les &eacu

Vous avez aimé ? Partagez-le !