Le mot de...

Djihad

Faisant irruption dans ce village yazidi, nous avons immédiatement décapité les hommes, violé les femmes, puis jeté leurs filles dans des camions pour les vendre comme esclaves sur le marché de Mossoul. Du travail de terrain, propre et net, qui devrait faire honte à ces dégonflés d’Al-Qaïda, tout juste capables de détourner des avions de ligne pour détruire deux tours juives à New York. 

Je comprends l’impatience des gens, mais qu’ils se rassurent : c’est après avoir éliminé tous les yazidis et tous les croisés que nous nous occuperons des chiites. Cela dit, ces hérétiques ont un avant-goût de ce qui les attend. Hier, j’ai envoyé l’un de mes fils, âgé de 14 ans, gagner son titre de martyr dans une mosquée chiite. Il fallait voir la fierté du garçon quand on l’a équipé de sa ceinture d’explosifs ! Mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est à nos concurrents sunnites que nous réservons les châtiments les plus durs. Malheur à qui refusera l’autorité du calife auto­proclamé !

Le djihad progresse à grands pas, le sang coule à flots. Allah tout-puissant nous sait gré de purifier ainsi sa création. Au para­dis, mille récompenses nous attendent. Bientôt notre État islamique rè­gnera sur toute la terre, sans avoir eu besoin ­d’inventer ou de produire quoi que ce soit : il lui aura suffi de se procurer les armes et les techniques mises au point par les infidèles. On détruit, on kidnappe, on rançonne, on tue, on mutile… Grâce à nous, l’image de l’islam s’améliore de jour en jour, même si l’Occident n’arrive pas encore à se défaire d’une certaine islamophobie. 

[…]
Haut de page

Tous les numéros du 1

Sommaire
Les chiffres déchiffrés Un État sans statistiqueLoup Wolff