Parti pris

« Le terrorisme empêche de réfléchir »

Au détour d’un entretien sur Daech avec la spécialiste de la Syrie Agnès Levallois, une petite phrase a piqué notre esprit. Juste quelques mots, comme une évidence : « Le terrorisme empêche de réfléchir. » Que chacun de nous soit gagné par une peur diffuse et irraisonnée – comme souvent la peur – liée aux attentats qui ensanglantent désormais nos jours, rien de plus normal. Rien de plus humain, serait-on tenté d’ajouter, face à ces actes d’inhumanité commis au nom d’un Dieu qu’ils trahissent. Éprouver de la peur est une chose. Ne pas raison garder en est une autre. Ne plus savoir raisonner sainement face à la terreur est l’autre danger qui nous menace. C’est cette incapacité qui amène certains esprits à considérer que lutter contre Daech est plus important que lutter contre Bachar Al-Assad. Que le terrorisme, par définition aveugle, l’emporte dans les priorités sur la mise à l’écart d’un président responsable de la mort de quelque 300 000 Syriens. Assad a bien compris cette perte de repères que provoquent le terrorisme et ses massacres. S’il n’a cessé de ménager les djihadistes de Daech, c’est qu’il avait anticipé le terrible calcul qui naîtrait de nos esprits choqués : Daech deviendrait l’ennemi à abattre partout, et le pouvoir du président syrien finirait à la longue par se rétablir. Comme si l’alternative était ou Daech ou Assad. Voilà une pensée binaire à chasser de nos têtes endolories. Vaincre la peur, vaincre le terrorisme, c’est éliminer Daech et Assad, une fois établi que l’un ne va pas sans l’autre. 

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