Huit ans avant, l’Amérique avait réussi le comble du chic, élire un président noir démocrate. Deux mandats sont passés, teintés de déceptions certes, mais avec le sentiment que la première puissance mondiale évoluait dans le bon sens. Derrière l’Amérique dont nous avons tous rêvé, même si ce rêve a été fabriqué dans les studios d’Hollywood, on savait cette nation peuplée d’esprits étroits, obsédés par l’argent, promenant en laisse un Dieu asservi au libéralisme, la seule religion qui recueille l’adhésion de tous ou presque. Cette Amérique-là a fini par élire un promoteur immobilier douteux, entouré d’avocats véreux, animateur de télé-réalité dont la seule réalité est la bêtise et la niaiserie. Au moment où la NASA publie un rapport prévoyant la fin de l’humanité à un terme de trente ans si le partage des richesses et une utilisation de nos ressources plus responsable n’interviennent pas dans l’urgence, l’Amérique se décomplexe et se vautre dans ses penchants les plus sombres. La grande Amérique dont rêve Trump, c’est celle des petits, des sans-grade, des chasseurs de boucs émissaires armés comme des porte-avions, des paranos, des faibles, du « flot des emmerdés » pour reprendre l’expression de Beckett, c’est l’Amérique qui pense que, pour éviter les feux de forêts, il est judicieux de couper tous les arbres, qui voit dans la cupidité et la destruction absolue de l’environnement le saint Graal et qui n’en a rien à faire de déverser des millions de tonnes de glyphosate dans le Mississippi même si tous les organismes vivants du golfe du Mexique doivent muter horriblement. Tout ça pour qu’un tiers des mâles élevés aux sodas et aux hamburgers deviennent obèses au point d’être inaptes à servir la première armée du monde où ils risqueraient de faire des cibles énormes et immobiles. L’Amérique de Trump, c’est aussi celle de la fin de la vérité qui devient une option comme une autre. Ou, en tout cas, la vérité n’a plus aucun droit sur le reste, ces fausses affirmations, ces fabrications, ces mensonges qui sont autant de passages à l’acte vers une totale disparition des valeurs morales. Trump ment, effrontément, sur sa vie privée, sur tout ce qui l’arrange et entend ne pas rendre de comptes. Mais, pour ce qui nous concerne, en dehors de la question de l’environnement sur laquelle le primitif de la Maison Blanche chevauche comme un des Cavaliers de l’Apocalypse, c’est l’Europe qu’il menace en favorisant la montée des populismes. Car, cette Europe qui entend taxer les géants du Net à un taux normal, qui imagine se débarrasser des produits phytosanitaires promus par Monsanto dont on connaît les faits d’armes à Bhopal, au Vietnam et dans nos vignes, elle dérange les esprits calcifiés de la Maison Blanche, car en plus, pire que tout, elle vend des produits compétitifs sur le sol américain.

Aidé par une conjoncture favorable, Trump pavoise à mi-mandat et les risques de sa réélection, dramatique pour l’humanité, sont réels. Les scientifiques de la planète entière le disent et le répètent, si nous ne changeons pas de modèle rapidement, l’humanité court le risque de sa propre extinction. Trump n’y croit pas, et même s’il y croyait il ne changerait rien à rien, car il est sur le modèle des gens obtus, d’un égotisme compulsif, totalement dépourvu d’empathie et il aspire au déluge après lui. Cet homme fondamentalement mauvais est bien le représentant d’une espèce de notre espèce, sans humanité, sans spiritualité, dévorée par la névrose obsessionnelle de la création, de la confiscation et de l’accumulation de richesses, et complètement frigide à toute satisfaction profonde. À l’heure où notre monde aspirerait légitimement à voir éclore à la tête de ses nations des sages, des visionnaires, des hommes de raison et de conviction capables d’emmener les individus à dépasser leurs égoïsmes reptiliens, c’est tout le contraire qui se produit. Voilà l’Amérique, le gendarme du monde, qui non contente d’imposer la globalisation d’un système économique mortifère nous afflige de sa vulgarité, de sa désinvolture et nous renvoie à notre lâcheté d’avoir construit l’Europe sur un modèle qui n’était pas profondément le nôtre, de nous être inscrits militairement et diplomatiquement non comme des alliés mais comme les laquais d’une puissance matérialiste jusqu’à la psychose qui, avec la révolution numérique, essaye de nous imposer une société de lémuriens impatients contre laquelle nous sommes incapables de résister. Cette société-là ne craint pas Trump car il n’est pour elle qu’un bouffon surgi d’une étape intermédiaire vers une pseudo-démocratie numérique immédiate où chacun votera à tout moment sur tous les sujets en rendant les politiques obsolètes. La vérité c’est qu’avec Trump, nous prenons acte de la fin de la démocratie comme vrai système de représentation de masses formées, éduquées pour profiter de la liberté de s’élever et non de se détruire dans l’ignorance et l’obscurantisme technologique qui permet à n’importe quel utilisateur de Twitter de croire que son opinion nous intéresse. 

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