« Denis, vous avez un cancer. » En entendant le diagnostic du médecin, un jour de décembre 2008, Denis Bibeyran a demandé du tac au tac : « Est-ce que c’est lié aux produits de la vigne ? » Quelques mois avant de mourir, ce viticulteur de Listrac, dans le Médoc, posait la question la plus complexe et la plus fondamentale de ces dernières décennies pour la santé de ceux qui travaillent la terre. Pour sa sœur Marie-Lys Bibeyran, ce n’est plus une question. Elle aussi ouvrière agricole, elle cherche depuis 2009 à faire valoir devant les tribunaux sa certitude, son intime conviction : Denis a été tué par les pesticides qu’il a manipulés toute sa vie. Pour le prouver, il lui fallait d’abord briser l’« omerta ».

Alors ouvrière dans l’agriculture conventionnelle, elle demandait souvent à son supérieur pourquoi on ne faisait pas en sorte que le tracteur épande les produits dans une autre parcelle que celle où elle travaillait avec ses collègues. Mais toujours, on esquivait la question. Malgré le décès de son frère, il aurait fallu qu’elle continue de se taire, dans ce petit milieu du Médoc où l’ouvrier agricole « doit se sentir redevable de la maison dans laquelle il travaille ». Marie-Lys est sortie du rang. Dans les tribunaux, dans les journaux, sur les réseaux sociaux, elle crie sa vérité.

De l’autre côté de la Gironde, le 5 mai 201

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