En 1926, Maïakovski est en tournée à Paris, Berlin, Prague… et Kharkiv. Lui, le grand poète de la révolution russe, né en Géorgie, commence son poème par une citation de Gogol, né en Ukraine. L’Union soviétique promeut alors la langue ukrainienne, pratiquant une politique d’indigénisation, vite abandonnée par Staline.
Connaissez-vous
la nuit ukrainienne ?
Que non !
La fumée
teint son ciel
d’un noir étanche.
Incrustées dedans
en guise de blason,
Des étoiles
à cinq branches.
Là où
la setch zaporogue
bouillonnait
De horilka,
de sang,
de vaillance
Des fils
électriques
ont bâillonné
Le Dniepr
qui
sur les turbines
s’élance. (…)
Chez le Russe
le poids de la science
est léger.
Les voisins
ont peu de prestige
à ses yeux.
Il sait,
le borchtch ukrainien
est bon à manger
Et le lard ukrainien
est encore mieux. (…)
Si on insiste,
il change de rôle,
Rougit et raconte
– qu’à cela ne tienne ! –
Quelques anecdotes :
ah, qu’elle est drôle,
La langue ukrainienne.
Je te le dis,
camarade Moskal,
À dénigrer l’Ukraine,
ça finit mal ! (…)
On ne saurait
passer au pilon
L’humanité –
diverses sont
ses graines.
Connaissons-nous la nuit d’Ukraine ?
Que non !
Traduction inédite de Luba Jurgenson