Défenseur de la langue française à une époque de latinistes, Joachim du Bellay part à Rome en 1553. Il est au service de son oncle, le cardinal Jean du Bellay, chargé de mission diplomatique auprès du pape. Au milieu des ruines antiques, le poète regrette la douceur de son Anjou natal. N’est-elle que vanité, la gloire passée ? 

France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.

Si tu m’as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle.
Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.

Entre les loups cruels j’erre parmi la plaine,
Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine
D’une tremblante horreur fait hérisser ma peau.

Las, tes autres agneaux n’ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent, ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.

Les Regrets, 1558

 

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