À quelle occasion Marc Riboud se rend-il en Chine, et plus précisément à Wuhan ?

Sa première visite remonte à 1957. C’est l’aboutissement de son grand voyage vers l’Orient, lorsqu’il était jeune photographe. Après être resté un an en Inde et au Népal, il souhaitait aller en Chine. La Chine communiste avait été très peu photographiée. Le pays était fermé et il a mis longtemps à obtenir son visa. Il a pu entrer le 1er janvier 1957 pour un séjour d’un peu plus de trois mois. À Pékin, il a beaucoup photographié la ville sous la neige, puis il s’est rendu à Shanghai. Mais il voulait aussi photographier la campagne, la vie simple des gens simples. C’est comme ça qu’il a pris le train jusqu’à Wuhan.

Son travail semble s’être focalisé sur la construction du pont sur le Yangzi. Est-ce bien le cas ?

Oui. À l’époque, la voie ferrée s’arrêtait à Wuhan. Les voyageurs qui voulaient remonter vers le nord devaient prendre un ferry pour traverser le fleuve et prendre un autre train. La construction de ce pont, le premier dans cette zone, change tout. C’est l’un des grands chantiers lancés par le régime. Marc Riboud s’est saisi de ce moment et a photographié la vie quotidienne des ouvriers, la vie autour du fleuve avec les jonques, le pont, son architecture. Il était encore marqué par la pauvreté de l’Inde. Là, il est frappé par la volonté et l’énergie à promouvoir une industrialisation, à favoriser les progrès techniques. C’est quelque chose qu’il voit et qui l’impressionne d’autant plus que la campagne dite des « Cent Fleurs » se développe, une période politique marquée par la libération de la parole, mais qui n’a pas duré longtemps.

Marc Riboud est-il revenu à Wuhan ?

Il est souvent revenu en Chine et plusieurs fois à Wuhan. En 1965, puis en 1971, par exemple. Cette année-là, il accompagne une délégation conduite par Alain Peyrefitte. Il prend alors cette photo de la statue géante de Mao qui semble indiquer aux fumées d’usine, par un mouvement du bras, la direction à prendre. Vingt-cinq ans plus tard, il y a eu une grande rétrospective des photos de Marc Riboud à Pékin. Au cours d’une conférence, cette photo a été projetée devant un parterre d’étudiants qui ont éclaté de rire. C’est une photographie très ironique, très représentative de l’humour de Riboud. En 1996, le poids du maoïsme s’était desserré. 

Propos recueillis par LAURENT GREILSAMER

La rétrospective « Marc Riboud, histoires possibles » est programmée de début janvier à début mai 2021 au musée national des Arts asiatiques Guimet (Paris).

 

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