Lorsque j’ai été nommé à Wuhan, j’étais heureux. Si j’ai accepté d’y être « affecté » (drôle de terme), si je m’y suis exilé pour y travailler, c’était pour être au centre de nulle part, à la marge, au cœur des trous noirs du monde. « Pour un écrivain, je professais, auprès de mon cercle de fidèles (un éboueur, une bibliothécaire, un archiviste, une langouste, un ivrogne), c’est essentiel d’être nulle part, d’explorer les angles morts, les bas-côtés, le pays du jamais. » « Jamais, je n’irai à Wuhan, je disais, quand j’étudiais le chinois. Jamais je ne me marierai, j’affirmais aussi. » Bref, explorer. Non pas se décentrer, mais s’imbiber. Pas seulement d’alcool de riz. 

Nommé au milieu de nulle part, je me retrouve donc au centre du monde – de sa machinerie. Étrange ironie du sort. Mais c’est un peu l’histoire de ma vie. Ce que je fuis, je le retrouve étrangement toujours : devant moi ! Wuhan, au centre de nulle part ? Dites cel

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