Quotidienne

« Que l’esclavage soit ou ne soit pas utile, il faut le détruire »

Victor Schœlcher, journaliste et député

Dans Des colonies françaises : abolition immédiate de l’esclavage, paru en 1842, le journaliste et député abolitionniste français Victor Schœlcher condamnait fermement l’esclavage. Un texte à relire, en amont de la Journée nationale des mémoires de l’esclavage, le 10 mai.

« Que l’esclavage soit ou ne soit pas utile, il faut le détruire »

Journaliste engagé pour la cause abolitionniste, Victor Schœlcher (1804-1893) sera à l’initiative du décret du 27 avril 1848 qui abolit l’esclavage pour la seconde fois en France, avant de devenir député de la Guadeloupe et de la Martinique sous la IIe et la IIIe République.

 

« Celui qui prétend avoir le droit de garder des hommes en servitude, parce qu’on ne trouverait pas de bras libres pour planter des cannes, et celui qui soutiendrait qu’on a le droit de voler parce qu’on n’a pas d’argent, sont à nos yeux deux fous ou deux scélérats absolument pareils.

Lorsque j’arrive à réduire ce droit à son expression la plus concrète, lorsque m’isolant par abstraction du monde matériel et me retirant dans le monde intellectuel, je me représente que de deux hommes, l’un se dit le maître de l’autre, de sa volonté, de son travail, de sa vie, de son cœur, cela me donne tantôt un fou rire, tantôt des vertiges de rage.

La liberté d’un homme est une parcelle de la liberté universelle, vous ne pouvez toucher à l’une sans compromettre tout à la fois

Que l’esclavage soit ou ne soit pas utile, il faut le détruire ; une chose criminelle ne doit pas être nécessaire. La raison d’impossibilité n’a pas plus de valeur pour nous que les autres, parce qu’elle n’a pas plus de légitimité. Si l’on dit une fois que ce qui est moralement mauvais peut être politiquement bon, l’ordre social n’a plus de boussole et s’en va au gré de toutes les passions des hommes. La violence commise envers le membre le plus infime de l’espèce humaine affecte l’humanité entière ; chacun doit s’intéresser à l’innocent opprimé, sous peine d’être victime à son tour, quand viendra un plus fort que lui pour l’asservir. La liberté d’un homme est une parcelle de la liberté universelle, vous ne pouvez toucher à l’une sans compromettre tout à la fois. »

Victor Schœlcher, Des colonies françaises : abolition immédiate de l’esclavage, 1842.

07 mai 2022