Parti pris

Le chameau et le serpent

La monarchie britannique fait rêver. La monarchie saoudienne fait peur. C’est que la première est un pur symbole et la seconde une puissance inquiétante. Assise sur d’immenses réserves pétrolières de haute qualité, elle fixe comme bon lui semble le prix du baril. En jouant le pétrole à la baisse, elle vise à affaiblir ses voisins iraniens et irakiens, pays majoritairement chiites. C’est son premier objectif. Accessoirement, elle met en difficulté la Russie, les États-Unis et tous les états monoproducteurs dont les revenus chutent. Mais de cela, le royaume saoudien se contrefiche comme de son premier chameau. 

L’Iran constitue son unique ­obsession. En 2003, le roi et les princes (les princesses n’ont pas voix au chapitre) avaient alerté les États-Unis sur le risque consistant à envahir l’Irak. Motif ? Cela finirait par renforcer Téhéran et les chiites dans la région. Washington n’a pas écouté le sage conseil. Depuis, le royaume a demandé à plusieurs reprises aux Américains d’avoir le courage de « couper la tête du serpent » iranien. Ni Bush junior ni Obama n’ont obtempéré. 

La monarchie en a pris ombrage. Elle s’est rapprochée de la France, achète ses armes, en offre à ses alliés régionaux. Et la voilà qui déboule au Yémen à la tête d’une coalition pour livrer une guerre indirecte à l’Iran. Le royaume devait logiquement écraser son adversaire. Ce n’est pas le cas. Le despotisme a parfois des limites. Il peut surtout, demain, se révéler encore plus dangereux et incontrôlable. Comme un chameau piqué au vif… 

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