Les chiffres déchiffrés

Sacrées statistiques

Organe d’information des Œuvres pontificales missionnaires créé en 1927, l’agence Fides, qui a son siège au palais di Propaganda Fide au Vatican, a notamment pour vocation de préparer des études sur les situations des missions et sur « des thèmes religieux et sociaux ». Elle publie à ce titre des analyses rendant compte de la connaissance statistique sur l’Église.

La dernière publication (octobre 2014) donne une série de chiffres édifiants : au 31 décembre 2012, le nombre des catholiques serait de 1 228 621 000, soit 15 millions de plus que l’année précédente. Observée sur tous les continents, cette augmentation serait particulièrement marquée en Amérique (+ 6 509 000) et en Afrique (+ 4 920 000). Mais au final, la part des catholiques dans le monde rapportée à la population dans son ensemble aurait légèrement diminué (- 0,01 %), s’établissant à 17,49 %.

Ces informations sont publiées avec un grand degré de précision. Rien n’est dit cependant sur la façon dont ces données sont collectées. S’agit-il d’une exploitation de registres des fidèles tenus par l’Église ? De la rationalisation d’enquêtes menées dans divers pays ? D’estimations faites en fonction de l’évolution démographique de ces pays et tenant compte de leur degré d’évangélisation ? Le cas français permet, à lui seul, de constater que le décompte des fidèles pose des difficultés notables. Bénéficiant d’une dérogation à la loi, qui interdit d’aborder la question de l’appartenance religieuse, l’enquête Trajectoires et origines (Ined/Insee) s’est essayée à l’exercice, affrontant la complexité de ce dénombrement apparemment simple : comment définir l’appartenance religieuse ? S’agit-il du sentiment d’une proximité culturelle ? Doit-elle être liée à une pratique ? Si oui, jusqu’à quel degré ? Cette enquête a fait le choix méthodologique de laisser les répondants déterminer eux-mêmes leur appartenance à une religion, indépendamment de la question des pratiques. 

Quels sont les choix opérés par l’agence Fides ? En l’absence de ces informations, il est difficile de comprendre sur quoi portent les estimations proposées et donc de leur donner crédit. La statistique ne doit pas être une question de croyance.  

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