Extrait

Sur le rame des migrants

Isabelle Crochet - Poète

J'ai mis longtemps à comprendre

les rythmes salés et les monts éperdus

sur les rives glacées

J'ai mis longtemps à comprendre

la mémoire des hommes

ce qui les pousse 

à toujours vouloir aller plus loin

Il n'y a pas l'ombre d'un doute 

au radeau

Rien ne sert de mourir

il faut partir

au moins

Cette phrase-là a résonné

mille fois

dans le coeur des vaincus

alors qu'ils marchaient vers la mer

pour retourner d'où ils n'étaient pas venus

Oh! Vent maudit! 

Pourquoi est-ce que tu souffles? 

Pourquoi est-ce que tu souffles? 

Pourquoi? 

Alors que tu pourrais te taire

et laisser les hommes dormir

à mille lieues 

de leurs errances

Qui portera le prochain fardeau? 

Où iront les prochains vagabonds? 

Et qui les oubliera

sur une terre sans lumière

où ils ne poseront les pieds

que parce que leurs rêves

se sont éteints?

Qui? 

Qui les oubliera? 

Toi

Moi

Lui

Personne

Car il n'y a personne pour comprendre 

le vent

quand il souffre dans les branches

quand il abandonne les hommes

à leur triste sort

Alors sors!

De cette terre qui est la tienne

et qui s'en va en fumée

en poignées de châtaignes

Sors

Quand même le poêle a brûlé

Sors

Pars

Va

Gémis

Ne reste pas là

Va voir ailleurs si tu fuis 

Oublie

le vent

les branches

et la vie

Oublie

Marche dans la nuit

Marche en silence

Marche

Il n'y a rien d'autre à taire

Marche

Marche

Puisque l'Histoire

s'écrit ainsi

 

 

 

 

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