Les chiffres déchiffrés

Génétique contre reproduction sociale

Les études pointent unanimement le rôle des parents dans la réussite de leurs enfants à l’école. De fait, alors que les enfants de cadres et professions libérales ne constituent que 16 % des élèves de sixième, leur poids augmente au fil de la scolarité, à mesure que les enfants des catégories moins favorisées abandonnent. Les enfants de cadres représentent ainsi plus de la moitié (51 %) des bacheliers obtenant une mention bien ou très bien et 55 % des inscrits aux classes préparatoires aux grandes écoles. 

Mais les interprétations divergent pour expliquer ce phénomène. Un courant influent de la psychologie anglo-saxonne attribue ce différentiel à une inégale répartition de l’intelligence dans la population et à son caractère génétique, donc héréditaire. Dans cette perspective, la réussite sociale des parents s’explique par un patrimoine génétique favorable au développement de ces capacités – patrimoine qui sera transmis à leurs enfants, eux-mêmes destinés à réussir. Ainsi le Beijing Genomics Institute, le plus important centre de séquençage ADN du monde, analyse-t-il depuis 2013 le génome de milliers d’individus au quotient intellectuel supérieur à 160 avec l’objectif explicite de déterminer les variants génétiques favorisant l’intelligence.

Contre cette tradition donnant aux parents un rôle passif de réservoirs génétiques (plus ou moins avantageux), d’autres courants insistent sur les déterminants environnementaux et sociaux du développement de l’enfant. Au-delà du génome, la vraie question serait celle de la transmission par les parents des compétences et des codes sociaux et culturels assurant la réussite de leurs enfants. L’école, moins neutre qu’elle ne le prétend, tendrait en retour à valoriser précisément les compétences et codes portés par les catégories sociales supérieures, garantissant la reproduction sociale des élites.

Histoire d’héritage dans les deux cas, ce débat réaffirme le conditionnement exercé par les parents sur le destin de leurs enfants, pour le meilleur et pour le pire. N’en déplaise à la méritocratie républicaine.

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Au commencementCéline Devaux