Point de vue

Retrouver le souffle des origines

Huit ponts, paravent à six volets provenant d’une paire peinte après 1709 par Ogata Kôrin (1658-1716)
© The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / image of the MMA
Huit ponts, paravent à six volets provenant d’une paire peinte après 1709 par Ogata Kôrin (1658-1716)
© The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / image of the MMA

L’Europe n’est pas un bateau et n’a pas à craindre un abordage de ­pirates. Sa vulnérabilité est tout intérieure. L’Europe est une cuisine et a besoin de tous ses ingrédients. Le premier est le flux migratoire contre lequel le fil barbelé est inutile. Murs et mers ne servent pas à repousser. Même la peine de mort serait vaine : ils l’affrontent déjà.

Ce sont des flux qui renouvellent les naissances, les énergies productives, les forces de travail. Nos hommes politiques préfèrent appeler ces déplacements des « vagues ». Le mot veut suggérer à la terre ferme la nécessité de se protéger des inondations. Mais les êtres humains ont la propriété physique des solides, qui peuvent couler mais pas s’évaporer. Avec ces « vagues », nos politiciens s’assurent un consensus électoral en exploitant le sentiment de la peur. Mais l’histoire de l’Europe est prodigieuse par son courage, par l’exploration de l’inconnu, parce qu’elle est visionnaire et non parce qu’elle est craintive et myope.

L’Union européenne doit prendre conscience que son origine est méditerranéenne. Elle doit la diffusion du vocabulaire, des arts et des religions à ses courants. Elle doit aussi le nom Europe à la Méditerranée. Sa plus grave erreur et sa plus grande limite est de se réduire à une expression économique, au territoire, ou pire encore à la zone de l’euro. Mais Euro est l’ancien nom grec du vent de sud-est. Sud plus Est : ce sont les deux points cardinaux responsables de la civilisation européenne.

Euro est un vent, non pas un billet de banque.

Aujourd’hui, quelques tensions superficielles se déclarent contre la monnaie unique et incitent à imprimer de nouveau à volonté le billet local. Cette tendance dénuée de sens politique, en prend un autre, stratégique, de finis Europae, justement parce que l’état de l’Union se mesure à la simple expression d’une monnaie commune. La suprématie du mercantile sur le politique rend le pacte Europe inefficace. Son Parlement est un parking de luxe pour politiciens à la carrière en berne dans leur pays.

Si l’Europe est l’euro, alors c’est un jeton lancé sur une table de jeu.

Si la valeur Europe est la devise euro, alors l’Union est une entreprise commerciale quelconque et peut faire faillite.

L’antidote à cet effondrement n’est pas la baisse de l’objectif, mais son relèvement : non pas une réduction des attentes, mais la relance de l’idéal fixé par les pères fondateurs.

Au cours des siècles passés, la religion chrétienne s’est souvent réduite à un commerce de faveurs, d’indulgences, d’avantages. Elle en est sortie en remontant régulièrement aux origines de la parole sacrée.

C’est le même remède dont l’Union européenne a besoin. Remonter à son origine de cendres et de décombres, d’où sont partis le rachat et la reconstruction.

Je veux imaginer qu’il en sera ainsi. Je veux imaginer ses athlètes participer aux Jeux olympiques sous un seul drapeau, écouter une musique écrite pour la deuxième mi-temps de la terre Europe. 

Traduit de l’italien par Danièle Valin

 

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