Reportage

La flamboyante et la déshéritée

La ville de Panama émerge comme un mirage dans la nébuleuse tropicale. En s’approchant de plus près, l’illusion reste intacte. Partout, des tours colossales sortent de terre. Île artificielle surgie des eaux, chantiers de construction, shopping malls… jamais on n’a vu terreau urbain aussi fertile. 

« Notre histoire nous a habitués à une métamorphose rapide », confirme l’urbaniste Alvaro Uribe. La saignée du canal dans l’étroitesse de l’isthme, la création de la zone franche de Colon ou celle du centre bancaire international ont contribué à l’altération irréversible des paysages. Panama sent, respire, transpire le neuf. Dernière innovation en date après les travaux d’agrandissement du canal, la construction du métro. Alvaro Uribe est l’architecte du projet. Une alternative aux bus américains rénovés, tagués, bigarrés et lancés sur les routes à vive allure, les mythiques diablos rojos. Le métro dessert le quartier populaire de San Miguelito, non loin des ruines de la Ciudad Real, théâtre d’une fastueuse réception en présence d’Obama lors du dernier Sommet des Amériques. « C’est le premier investissement aussi important consenti pour toute cette partie de la population qui ne possède pas de voiture ! » s’enthousiasme-t-il.

Du haut du gratte-ciel où vit Arnoldo, ingénieur retraité qui fut à ses heures traducteur de Miss Monde, on prend la mesure du changement. Comme toutes les tours, celle-ci possède une « aire sociale » avec terrasse, piscine, barbecue… Face à nous se dresse l’altière Trump Tower. Ce gratte-ciel en forme de grand voilier est amarré dans le quartier chic de Punta Pacifica. Il s’enorgueillit d’être le plus haut d’Amérique latine. À Panama, la spéculation immobilière ne s’arrête jamais. « Il y a quelques années, mon père a acheté un terrain vierge. À chaque saison des pluies, il se gorgeait d’eau. Mon père a alors planté un écriteau sur lequel on pouvait lire : “nous acceptons les débris de construction”. Une fois le terrain comblé, la pancarte a été remplacée par “terrain à vendre” et il a été revendu trois fois son prix ! » raconte Arnoldo entre deux gorgées de prosecco.

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Panama, fantômes et fantasmes
Cet article est tiré du numéro Panama, fantômes et fantasmes
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