Contrepied

Un grand gâchis

La zaouïa de Sidi Ahmed Rguibi, dans le Sahara occidental, Maroc, 1997 © Bruno Barbey/Magnum Photos
La zaouïa de Sidi Ahmed Rguibi, dans le Sahara occidental, Maroc, 1997 © Bruno Barbey/Magnum Photos

Quand vous avez un voisin dont le plaisir est de vous créer des ennuis et de vous empêcher de vivre en paix, vous déménagez. Mais il existe des situations où cette sagesse n’est pas possible. Le Maroc n’est-il pas sans cesse harcelé depuis l’indépendance de l’Algérie ? En octobre 1963, il y eut la guerre des Sables à propos du tracé colonial des frontières. Ensuite, il y a eu l’affaire du Sahara. L’Algérie, qui a besoin d’un débouché sur l’Atlantique, a profité du retrait de ­l’Espagne du Sahara en 1976, pour créer de toutes pièces le mouvement de libération sahraoui afin d’em­pêcher le Maroc d’achever son intégrité territoriale. Depuis, une guerre larvée envenime les relations entre les deux pays dit « frères ». En réponse à la « Marche verte » décidée par le Maroc, le président Boumediene ordonna, le 18 décembre 1975, l’expulsion de 45 000 familles marocaines installées en Algérie depuis longtemps. Un drame qui a laissé des blessures chez beaucoup de Marocains et aussi ­d’Algériens.

Dans ce conflit, un seul réconfort : les peuples algérien et marocain réclament la paix et l’ouverture des frontières. Mais l’État algérien refuse catégoriquement et chaque fois qu’une solution politique pour le Sahara est proposée par le Maroc, ­­l’Algérie et certains pays sous sa coupe opposent leur veto. 

C’est ainsi que le projet d’Union du Maghreb est devenu un chiffon de papier sans importance. Imaginez un Maghreb uni, composant une entité économique, financière, culturelle et politique face à l’Europe et au reste du monde arabe. Cela aurait été la plus belle réalisation de cette région alors assez forte pour barrer la route au terrorisme, au fanatisme et à l’exploitation délirante de l’islam. 

Tous les Maghrébins sont responsables de la situation actuelle. Les peuples la ressentent comme un échec. Tant de richesses, tant de potentialités humaines, énergétiques, tant d’imaginations bloquées, retardées, mises à l’écart ! Quel gâchis, quelle catastrophe. 

Aujourd’hui ­­l’Algérie est, comme a titré un journal, « dans le coma ». La Libye est un chaos où des tribus n’arrivent pas à constituer la structure d’un État. Le Maroc se bat comme il peut pour devenir sur le plan économique un « État émergent » et sur le plan politique un « État de droit ». Seule la Tunisie semble s’acheminer vers une démocratie réelle avec une Constitution exceptionnelle dans le monde arabo-musulman. 

Au lieu de pouvoir afficher un Maghreb uni, fort, divers et semblable, on a un ensemble de pays menacés par le terrorisme, par l’anarchie et toutes les formes de corruption. 

L’Algérie souffre d’une absence de vision d’avenir, de confiance en elle-même face aux défis de la vie moderne. Plus de 80 000 Chinois y font le travail qu’auraient pu faire des Algériens. D’autres citoyens risquent leur vie à bord de rafiots déglingués pour immigrer en Europe. Bref, ce pays, l’un des plus beaux d’Afrique, se détourne de son capital humain et concentre ses efforts sur une diplomatie coûteuse pour contrer la récupération du Sahara par le Maroc. Depuis que des agents américains ont découvert que les camps de réfugiés sahraouis à Tindouf (ville marocaine annexée par la France en 1934)) servent de camps d’entraînement pour des terroristes d’AQMI, les thèses algériennes ont perdu de leur acuité. 

L’important, aujourd’hui, est de dépasser les égoïsmes. De construire un nouveau Maghreb, uni, dévoué à ses peuples dans une solidarité et une volonté de croire au vieil adage : l’union fait la force. Ou, comme le dit un proverbe musulman : la main de Dieu s’ajoute aux mains de tous.  

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