Le mot de...

Alacrité

Rire pour ne pas pleurer… Comme d’autres peuples privés de démocratie, les Algériens, désabusés, se consolent en plaisantant. Ils ont une cible de choix en la personne de leur président, Abdelaziz Bouteflika, qui a entamé un quatrième mandat malgré ses 77 ans et un état de santé inquiétant. On n’en est plus aux hkayât (histoires), blagues anonymes communiquées par le téléphone arabe : c’est de la dérision au grand jour, sur la Toile. Le site satirique Bled-Mickey, qui ne publie « que des articles faux, jusqu’à preuve du contraire », a diffusé une interview présumée de Zohra Chahid, la tra­ductrice officielle du chef de l’État. « Moi non plus je ne le comprends pas, y dit-elle. Alors j’improvise. » On aurait revu les termes de son contrat : elle serait désormais auteur-­scénariste...

Pourtant, selon François Hollande, qui s’est entretenu pendant « plus de deux heures » le 15 juin avec son homologue algérien, celui-ci a fait preuve d’une « rare alacrité ». On imagine que le mot « alacrité » avait fait l’objet d’un long travail de recherche préalable. On ne sort pas de sa poche un terme aussi précieux, aussi peu connu, sans l’avoir bien pesé. Ils y sont allés quand même un peu fort, les communicants de l’Élysée ! L’alacrité, nous indique le dictionnaire, est un « état de vigueur et de vitalité corporelle, souvent mêlé de bonne humeur et d’entrain ». Imaginez alors ce que peut être une « rare alacrité » ! Les Algériens, persuadés d’être dirigés par un mort-vivant, ont dû se dire en hochant la tête que la France, une fois de plus, leur racontait des histoires. Hkayât… 

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