Les chiffres déchiffrés

Le statut fluctuant du résistant

Qu’est-ce que résister ? L’administration française a très tôt dû répondre à cette question, puisque, dès la fin de la guerre, il a fallu établir les règles permettant d’identifier les personnes impliquées dans la Résistance et bénéficiant à ce titre de droits spécifiques : pension ou retraite majorée. L’observateur qui espère trouver là un allié précieux pour quantifier le phénomène déchante vite : depuis 1945, pas moins de cinq lois se sont succédé pour (re)définir la qualité de partisan, accompagnées d’innombrables décrets, arrêtés et circulaires façonnant la volonté du législateur.

Traversant l’ensemble de ces débats, deux conceptions antagonistes ­s’affrontent. La première, héritée du gaullisme et qui prévaut dans la première décennie, défend une vision militaire souhaitant circonscrire le statut de résistant aux seuls combattants ayant démontré leur engagement dans l’une des formations reconnues par le Conseil national de la Résistance. La seconde promeut une conception civile et politique de ­l’engagement, incluant non seulement les combattants ayant agi en dehors des organismes d’action des Alliés, mais également les actions sortant du seul champ militaire. 

Le compromis trouvé retient in fine les services accomplis sur une durée d’au moins trois mois avant le 6 juin 1944, qu’ils soient militaires ou civils. Ces actes doivent être ­attestés par deux témoignages circonstanciés émanant de personnes notoirement connues dans la Résistance. Finalement, un peu plus de 260 000 cartes de combattant volontaire de la Résistance ont été attribuées. Les historiens prennent généralement ce chiffre comme base, à laquelle ils ajoutent les partisans tombés en raison de leur engagement et un volet, plus ou moins large selon leurs hypothèses, de sympathisants n’ayant bénéficié d’aucune reconnaissance administrative (soit parce qu’ils ne l’ont pas demandée, soit parce qu’ils ne remplissent pas tous les critères ­exigés). Les estimations donnent entre 300 000 et 500 000 résistants pour l’année 1944, soit 2 % de la population : un chiffrage discutable, mais qui atteste du caractère minoritaire d’un mouvement que le récit national a parfois cherché à gonfler ­articiellement. 

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