Reportage

Mythes et réalités du marché du travail britannique

Entrez dans un bar, une start-up technologique ou une banque de la City à Londres aujourd’hui, et vous aurez toutes les chances de croiser un Français ou une Française. La flexibilité du marché du travail et le niveau élevé de créations d’emplois dans le secteur privé au Royaume-Uni ont fait de Londres un eldorado pour les jeunes Français à la recherche d’un travail. Le taux de chômage de seulement 5,6 % dans le pays est à peine supérieur à la moitié de ce qu’il est en France, et l’économie britannique frôle le plein-emploi. Beaucoup de jeunes Français sont surpris de la facilité qu’il y a, au Royaume-Uni, tant à trouver du travail qu’à obtenir dans la foulée un contrat de longue durée.

On peut caricaturer la flexibilité du travail britannique en la présentant comme brutale et précaire pour les salariés. Pourtant la législation contraint les sociétés au Royaume-Uni à appliquer les procédures de licenciement, et le salaire minimum protège la rémunération des salariés. Le fameux « contrat zéro heure » qui, d’une semaine à l’autre, ne garantit pas un chiffre minimal d’heures travaillées, ne concerne que 2 % de la force de travail britannique. À la facilité à trouver un emploi, correspond d’ailleurs une relative facilité pour les employeurs à pourvoir les emplois. Compte tenu de la création constante de nouveaux postes, perdre son travail n’a donc pas la dimension dramatique que cela peut prendre en France. L’ancien Premier ministre travailliste britannique, Tony Blair, a été réélu en 2005 quelques semaines à peine après avoir déclaré qu’il ne pouvait rien pour empêcher la fermeture de l’usine automobile de Longbridge.

Le marché du travail britannique a néanmoins un défaut majeur, qui laisse actuellement perplexes les économistes et les hommes politiques, à savoir le faible chiffre de la productivité du travail. Les Français sont plus productifs que les Britanniques par heure travaillée. Qui plus est, la productivité du travail au Royaume-Uni a à peine retrouvé son niveau d’avant la crise financière, en 2007, alors qu’elle a en France dépassé ce niveau dans le même temps. Trop d’emplois ont été créés ces dernières années au Royaume-Uni dans les secteurs les plus mal rémunérés. À moins d’investir davantage, pour les firmes britanniques dans la technologie et les machines, et pour le secteur public dans les infrastructures et la recherche, le marché de l’emploi, très dynamique, continuera d’attirer les jeunes Français au Royaume-Uni, mais il ne contribuera pas à augmenter la productivité. 

 

Traduit de l’anglais par SYLVETTE GLEIZE

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