Chose...

Au temps des avions renifleurs

C’était la fin des Trente Glorieuses, on ne le savait pas encore. La France n’avait pas de pétrole mais elle avait des idées. Le brut menait sa vie de brute. Premier choc en 1973 avec la guerre du Kippour. Cheiks en blanc et idées noires. Deuxième choc en 1979 avec la Révolution iranienne, ayatollahs en noir et idées en panne sèche. On parlait de réserves insoupçonnées de brut du côté de Brie-Comte-Robert. On ferait des steaks hachés avec du soja. Les autos allaient carburer à l’alcool de canne. Le progrès aurait réponse à tout. On disait un peu n’importe quoi. L’air sentait le pétrole à plein nez. Deux pieds nickelés faisaient gober à la terre entière, en tout cas à Elf Aquitaine et à l’Élysée, qu’on nagerait bientôt dans le pétrole grâce à de drôles d’oiseaux : des avions renifleurs. Ça fleurait l’arnaque et le canular, mais comme le confia plus tard Albin Chalandon, alors patron du groupe pétrolier, « un climat de foi s’était emparé de beaucoup de monde ». Impossible n’était pas français. C’est un autre volatile bien plus fiable, Le Canard enchaîné, qui dévoila le pot au noir sous la plume de Pierre Péan, un jour de 1983. Les inventeurs avaient truqué leurs résultats. Elf perdit quelque 750 millions de francs sans voir l’ombre d’un gisement. Quant aux inventeurs, l’un revint à son métier de réparateur de télé. L’autre disparut, dit-on, dans un monastère d’Amérique du Sud. Au Venezuela ? 

 

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Le mot de... BarilRobert Solé