Le mot de...

Tribord

Désormais, la France est donc structurée autour de trois blocs : PS, UMP et Front national. Ce nouveau paysage politique va à l’encontre de la symétrie mentale qu’Alain Schifres commentait avec humour il y a une vingtaine d’années dans Les Hexagons (Robert Laffont, 1994). Les Français cultivent en effet depuis longtemps le système binaire. Ils ont tendance à appréhender le monde selon des oppositions nettes : Paris-province, ­privé-public, droits-­devoirs, manuel-­intellectuel, matheux-­littéraire, cigale-fourmi… Et la Ve République a installé la bipolarisation.

Nous voilà, en revanche, avec un tripartisme. L’esprit français de symétrie s’y serait retrouvé sans mal s’il s’agissait de la gauche, du centre et de la droite. Après tout, nous sommes habitués depuis bien longtemps à aborder les choses en trois dimensions : passé-présent-futur, homme-femme-enfant, longueur-largeur-hauteur… Les compétitions sportives elles-mêmes ne se font-elles pas sous le signe du 3, avec l’or, l’argent et le bronze ? Mais la France s’offre aujourd’hui un trio décalé à tribord : une gauche, une droite et une extrême droite. Et c’est insupportable.

Tout le jeu consiste désormais à donner l’illusion de la bipolarisation. La gauche a tendance à mettre dans le même sac la droite et l’extrême droite. Marine Le Pen, elle, déclare affronter un ennemi unique, « l’UMPS ». Quant à la droite, elle dénonce une alliance objective entre ses deux adversaires. Bref, le « bi » est prêt à tout pour éliminer le « tri », qui ne saurait être que ­tripatouillage. 

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