Les chiffres déchiffrés

Des données vides de sens

Après cinq années d’existence, l’Agence pour le service civique est engagée dans une intense campagne de communication visant à rendre visible l’utilité de son activité. Comme toujours dans ce genre de cas, les chiffres jouent un rôle important et, comme souvent, les modalités de leur présentation importent.

Logiquement, c’est le nombre de jeunes ayant eu recours au service civique qui est le plus systématiquement mis en avant : 85 000 jeunes depuis 2010, dont 35 000 en 2014. Plusieurs dizaines de milliers, cela peut sembler beaucoup. Et pourtant, rapporté au nombre total des 16-25 ans en 2014, cela ne représente que 0,4 % d’entre eux – 1,8 % au plus, si on inclut les demandes de service civique qui n’ont pu être satisfaites en 2014. Nous sommes loin du plébiscite auquel certains auraient pu rêver.

Autres ambiguïtés de communication : selon les éléments diffusés par l’Agence, 75 % des anciens volontaires seraient en emploi ou en formation 6 mois après la fin de leur mission de service civique. Un pourcentage mis en avant parce qu’il semble élevé, largement supérieur à la moyenne. Pourtant, ce chiffre est difficile à interpréter sans élément de comparaison avec le reste de la population : 75 %, est-ce si important ? Non : la part de jeunes en emploi ou en formation aux mêmes âges s’élève à 81 %. Le service civique ne semble donc pas particulièrement favoriser l’insertion, constat d’autant plus étonnant que les volontaires sont en moyenne très diplômés : 43 % d’entre eux possèdent un diplôme supérieur au bac, alors que ce n’est le cas que pour 17 % des 16-25 ans ! La surreprésentation des hauts diplômes parmi les volontaires pose par ailleurs la question de la capacité de ce dispositif à créer de la mixité sociale : ne devrait-il pas davantage bénéficier aux jeunes en échec scolaire et pour lesquels les difficultés d’insertion seront les plus grandes ?

Mis en avant comme autant de preuves du succès du service civique, ces chiffres ne démontrent en réalité rien des bénéfices attendus. Mais ils sont aussi trop imprécis pour permettre de conclure à un échec, car il faudrait une étude beaucoup plus approfondie pour comprendre les ressorts du volontariat et les effets de cette expérience sur les trajectoires. Ce sont de purs éléments de communication, fabriqués pour impressionner, conçus pour s’intégrer en beauté dans les infographies. Mais vides de sens.  

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Les chiffres déchiffrésDes données vides de sensLoup Wolff