Le mot de...

Paternité

Comment avons-nous pu enfanter de tels monstres ? se demande, affolé, le pays de Voltaire et de Rousseau. Les reconnaissances de paternité sont toujours honorables. Encore faut-il éviter les revendications excessives, susceptibles de provoquer de dangereux fourvoiements.

Dans une « Lettre ouverte au monde musulman », le philosophe Abdennour Bidar parle d’un « monstre qui prétend se nommer État islamique ». Au risque de choquer ses coreligionnaires, il affirme : « Cher monde musulman, […] ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement interminable entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine. » Et il précise les plaies dont souffre cet « immense corps malade » : impuissance à instituer des démocraties durables ; religion dogmatique, figée, et parfois totalitaire ; inégalités entre hommes et femmes ; confusion entre pouvoirs politique et religieux…

On aurait tort de n’y voir que les propos solitaires d’un intellectuel occidentalisé. Dans le monde musulman, d’autres voix, encore timides, commencent à réclamer un aggiornamento religieux, sinon une véritable révolution. Sachant que la matrice du djihadisme n’est pas l’Occident, malgré toutes ses erreurs, mais un islam décadent, gangrené par l’obscurantisme, qui doit repenser tout son système d’éducation.

Ce début d’autocritique ne dispense nullement la France de réfléchir à ses propres responsabilités. Le géniteur présumé gagnerait cependant à voir un peu plus loin que le bout de son nez. 

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