Les chiffres déchiffrés

Que cache l’Emblème 35 heures ?

Près de 15 ans après leur mise en place, les 35 heures continuent d’alimenter les débats : Comment la France peut-elle être compétitive avec une telle durée de travail ? Glisse-t-elle vers une société de loisir, tout en creusant son retard économique ?

Ces débats ignorent trop souvent la très grande variété des situations que cache l’emblème « 35 heures ». L’Enquête emploi 2012 de l’Insee révèle ainsi que seuls 28 % des salariés déclarent travailler 35 heures dans une semaine de travail normale. 33 % travaillent en moyenne entre 36 heures et 40 heures par semaine et 18 % connaissent des semaines de plus de 41 heures. Les 18 % restants sont des salariés à temps partiel. Ainsi, la durée moyenne d’une semaine de travail est-elle de 39,4 heures pour les salariés à temps complet, soit 4,4 heures de plus que le seuil fixé par la loi. Finale-ment, on reste proche des 40 heures instaurées par le Front populaire en 1936.

La réforme des 35 heures n’a fait qu’instaurer un seuil légal au-delà duquel les heures travaillées deviennent des heures supplémentaires ; on le voit, elle n’a pas contraint les entreprises à s’y conformer. Et si la France connaît une baisse tendancielle de son temps de travail depuis les années 1950, cette évolution ne la distingue en rien des autres pays de l’OCDE.

S’il y a une tendance historique à retenir, ce serait plutôt celle du développement des temps partiels, des horaires atypiques (nuit, samedi, dimanche) et flexibles depuis les années 1970. Ces évolutions posent, parfois douloureusement, la question de l’articulation entre les temps travaillés et la vie hors travail, notamment familiale. Et comme, au sein des couples, aussi bien les femmes que les hommes sont désormais incités à travailler, la question de la syn-chronisation des temps de-vient décisive. Les études montrent que les inégalités augmentent entre les catégories qui ont les moyens d’amortir, voire de négocier, les -effets de cette flexibilisation des temps et celles qui les subissent de plein fouet.

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