Le mot de...

Féminisation

On ne rigole pas avec la langue française. Pour s’être obstiné à dire « Madame le président » et non « Madame la présidente » lors d’une séance au Palais-Bourbon, un député a été privé du quart de son indemnité parlementaire. L’affaire serait purement ridicule si elle ne reflétait pas une question de fond : comment respecter les femmes, sans leur imposer des termes masculins qui nient une part de leur identité ?

Aux États-Unis, pour éviter les discriminations, on cherche à gommer toute allusion au sexe des personnes : steward et stewardess, par exemple, ont été transformés en une appellation unique, cabin attendant. Mais la langue de Molière, elle, ne connaît pas la neutralité : c’est le ou la, un ou une. Pour désigner un ensemble d’individus, sans distinction de sexe, le genre masculin a été choisi : les hommes, les habitants…

L’Académie française est fermement opposée à la féminisation des noms de titres, grades et fonctions officielles. Hélène Carrère d’Encausse tient à en être le secrétaire perpétuel. Elle se montre plus souple, en revanche, pour les métiers, acceptant des termes entrés dans l’usage comme avocate, postière ou éditrice, tout en condamnant « de véritables barbarismes » tels que chercheure, procureure ou sapeuse-pompière.

Certains mots semblent être unisexes. Par exemple, on peut dire indifféremment « un tortionnaire » ou « une tortionnaire » sans écorcher les oreilles d’un immortel. Mais la question ne se pose pas : jusqu’à nouvel ordre, ce métier-là, en plein essor dans divers pays, est un monopole -masculin. 

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