Zakouski

Pas touche !

Margaux Rivière, retraitée, 26 décembre 2011
© Ludovic Le Couster / Pink / saif images
Margaux Rivière, retraitée, 26 décembre 2011
© Ludovic Le Couster / Pink / saif images

Avant même d’avoir eu lieu, la journée du 5 décembre est devenue mémorable… Durant cette longue veillée d’armes, la volonté de bloquer le projet de réforme se conjugue avec un appel à la grève reconductible et la coalition de tous les mécontentements. Cela fait beaucoup. Si les objectifs du Premier ministre Édouard Philippe ne sont pas similaires à ceux d’Alain Juppé en 1995, la crispation des salariés des transports publics et d’une large partie de la fonction publique est la même. Elle peut se résumer en une formule : pas touche à l’État-providence !

Encore ébranlée après un an de crise des Gilets jaunes, la société affiche sa méfiance, son épuisement. Elle n’aspire qu’au statu quo. Tout montre qu’elle est proche du burn-out, selon l’expression mise à la mode par les psychologues du travail. Les statistiques les plus fiables démontrent que le pays n’a aucune raison d’être au bord de la crise de nerfs. Peu importe. Le pouvoir assure que la réforme vise à plus d’égalité. Bis. Ce qui compte, dans ce mauvais jeu de rôle entre les syndicats et l’exécutif, c’est le moral du pays, la perception que les uns et les autres ont de la situation actuelle.

Or, précisément, personne n’y comprend rien. Les uns et les autres, ceux qui sont en faveur de la réforme comme ceux qui y sont hostiles, répètent mécaniquement des arguments qui font fi de la complexité de notre système de retraite. C’est pourquoi nous essayons d’en éclairer les grandes lignes dans ce numéro en partant du réel, non des fantasmes. À l’évidence, ce grand dispositif, héritage d’une succession de luttes et d’avancées sociales, de réformes, de corrections, ne ressemble en rien à un jardin à la française. C’est un maquis composé de 42 régimes différents sans compter les disparités et inégalités public-privé, hommes-femmes, ouvriers-cadres, etc.

Une réforme peut-elle, à elle seule, démêler un tel écheveau ? C’est le pari du gouvernement qui entend honorer la promesse de campagne du président de la République. Ce pari est-il raisonnable ? C’est toute la question. Le Canada est parvenu à redéfinir le périmètre de l’État et le rôle des fonctionnaires au terme d’une décennie de concertation ; la Norvège a refondé son système de retraite après dix ans de négociations. Peut-on faire l’économie du temps, procéder au forceps ? Difficile de le croire sur un sujet aussi anxiogène et devant des opposants aussi déterminés. 

 

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La voix du poète RetraiteLouis Chevaillier