Point de vue

Une lecture étriquée du Coran

Les musulmans ont besoin d’être éclairés. Ce que fait Daech relève-t-il de l’islam ou bien est-ce une hérésie, une pure invention d’Al-Baghdadi, calife autoproclamé, pour justifier sa soif du mal et sa volonté de prendre le pouvoir jusqu’à régner sur tous les musulmans dans le monde ? Quand on consulte le Coran et certaines interprétations, il est évident que l’islam a connu des périodes de combat et de grande violence en particulier à ses débuts. Des versets existent ordonnant de lutter par les armes jusqu’à ce que l’islam triomphe. Cela se situe juste après l’hégire de Mahomet à Médine en 622. Le Prophète a des ennemis, des gens qui non seulement ne croient pas à son message, mais cherchent à l’abattre. 

Le verset 29 de la sourate ix est clair, encore faut-il le lire dans le contexte de l’époque et non pas dans celui de maintenant : « Combattez ceux qui ne croient ni en Dieu ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce que Dieu et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation (jizya) par leurs propres mains, après s’être humiliés. » Dans la même sourate, le verset 86 : « Ô Prophète ! mène combat contre les infidèles et les hypocrites, et sois dur contre eux ! » Mahomet luttera contre ses adversaires notamment les juifs de Médine et les adorateurs d’idoles en pierre. Toute reconnaissance du message divin s’accompagne de drames et de tragédies. L’histoire des religions le prouve. 

Ce qui pose problème, c’est qu’on ne peut pas inviter le viie siècle à s’installer dans notre époque moderne. On ne peut pas déplacer les contextes et l’histoire selon son envie, selon ses besoins. Or Daech fonctionne comme si les quinze siècles qui nous séparent de l’apparition de l’islam avaient été effacés par un sabre magique. 

Ces combattants de la haine ont lu le Coran de manière littéraliste, prenant au pied de la lettre tout ce qui a été révélé. Pas de métaphore, pas de symbole, pas de distance, pas d’intelligence. C’est malheureusement cette lecture étriquée, simpliste et qui finit par être fausse, qui prime depuis le xviiie siècle, depuis que Mohammed ben ­Abdelwahhab, un théologien saoudien a mis en avant le dogme de la charia, ce qui a donné un islam dur et intégriste portant le nom de wahhabisme. L’Arabie saoudite et le Qatar suivent ce rite. 

Comment le message brutal de Daech a pu attirer des jeunes Européens, de culture musulmane ou récemment convertis ? Cette vision de l’islam et de ses promesses a séduit des gens dont l’identité n’a pas été consolidée et qui ont pensé qu’en s’engageant dans ce combat, ils trouveraient une raison d’être et de vivre. Parce que la société occidentale ne leur a pas donné leur chance, parce qu’ils sont perçus comme des Européens de seconde zone, parce qu’ils constatent que la contestation du sionisme et la solidarité avec les Palestiniens sont considérées comme de l’antisémitisme, parce que le discours des recruteurs leur parle directement, ils pensent avoir trouvé là ce qui leur manque, une identité qui les conforte et les rassure.

Certains partent en Syrie et en Irak pour ces raisons, d’autres par goût de l’aventure et de l’argent. Car Daech est riche et paie ses combattants en espèces. L’islam se perd un peu dans ces considérations et on voit des femmes tout en noir reprocher à d’autres femmes, elles aussi couvertes de la tête aux pieds, de porter un voile pas assez épais ! Et c’est au nom de cet islam nostalgique de ses débuts que Daech occupe le tiers de l’Irak et le quart de la Syrie. C’est ce que la coalition américano-européano-arabe voudrait empêcher par des frappes de plus en plus fortes. 

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