Zakouski

Vertige de l’amour

Wolfgang Mattheuer, Couple d’amoureux volant, 1970
© BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image Staatliches Museum Schwerin © ADAGP, Paris 2019
Wolfgang Mattheuer, Couple d’amoureux volant, 1970
© BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image Staatliches Museum Schwerin © ADAGP, Paris 2019

Dans son roman de 1809 Les Affinités électives, Goethe imaginait les passions dévorantes d’un quatuor de personnages, sujets malgré eux à des attirances qui les dépassent. Et l’auteur, passionné de chimie, de proposer avec ce livre une théorie radicale du sentiment amoureux, dominé selon lui par une « nécessité » obscure et passionnée. Deux siècles plus tard, en sait-on davantage ? Comprenons-nous mieux le sens de cette chamade, qui peuple nos rêves et rythme nos vies ? Une chose est certaine : l’amour n’est plus la chasse gardée des poètes et des artistes. Et l’avènement récent des sciences affectives – un ensemble pluridisciplinaire réunissant psychologie, neuropsychiatrie, sociologie ou encore anthropologie – permet peu à peu de dessiner une nouvelle carte du Tendre, où le cœur a ses raisons que la raison connaît de mieux en mieux.

Dans ce numéro conçu en partenariat avec le Palais de la découverte, qui consacre une grande exposition à l’amour – avant sa fermeture pour rénovation l’an prochain –, nous donnons la parole à des chercheurs de tous horizons pour faire le point sur les découvertes les plus récentes dans le domaine. Que nous apprennent-ils ? D’abord que les progrès fulgurants des neurosciences ont permis de mettre à jour le rôle clé de plusieurs molécules dans les passions qui nous agitent. Elles ont pour noms vasopressine, ocytocine – cette « hormone du lien » qui nous apaise lorsque l’on se trouve au côté de l’être aimé – ou encore dopamine. Déshabillé par l’imagerie cérébrale, notre cortex offre ainsi au regard des scientifiques les rouages complexes de notre mécanique intime. Et donne aux sexologues et aux psychiatres quelques outils pour mieux affronter les maux dont nous pouvons souffrir, du simple chagrin amoureux aux troubles du désir ou de l’attachement. 

Mais ces découvertes biologiques ne sauraient seules épuiser les mystères de la passion, qui tient au moins autant à l’alchimie des rencontres. Et le secours des sciences sociales n’est pas de trop pour comprendre nos comportements amoureux, soumis aux attentes et aux imaginaires de l’époque, comme nous l’explique dans un entretien éclairant la sociologue Marie Bergström. Spécialiste des sites de rencontre, celle-ci pointe les grandes évolutions actuelles, marquées par la multiplication des histoires et des partenaires ou le rapprochement des normes de genre. Surtout, elle insiste sur la place toujours plus cruciale de l’amour dans nos vies, l’exigence toujours plus criante qu’il soit le moteur de notre bonheur. Vous l’aurez compris, c’est à un voyage singulier que nous vous convions cette semaine, sur les traces de cette énigme que nous appelons amour, et dont les sciences nous offrent quelques clés de compréhension. Quant aux autres, vous pouvez toujours les demander aux poètes et aux artistes… 

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