Le mot de...

[Algorithmes]

Ne réussissant pas à trouver l’âme sœur, au travail, à la piscine ou à la sortie de la messe, je me suis résigné à la rencontrer dans le monde numérique. J’ai exclu les sites du genre EasyFlirt, car je ne suis pas à la recherche de gaudriole, mais d’un amour pour la vie. Et j’ai finalement choisi Tinder, dont les algorithmes ont la réputation de former des couples bien assortis.

Je me suis inscrit, avec des photos qui me mettent en valeur, et vingt mots de présentation bien tournés. Des femmes défilent sur mon écran. J’élimine ou sélectionne, en glissant mon doigt vers la gauche ou la droite. Si l’une d’elles me like en retour, il y a match, et on va pouvoir chatter en ligne, et même se rencontrer en vrai.

Encore faut-il avoir un bon indice de désirabilité. Tous les soirs, j’ai liké comme un fou, pour un résultat médiocre. Il y avait trop de concurrents en lice, mieux notés que moi. Désespéré, j’ai failli abandonner la partie, quand l’amour m’est apparu. Cette femme me ressemble comme une ombre : même âge, même taille, même revenu mensuel à 50 euros près, même opérateur mobile, même aversion pour les topinambours… Et elle habite au bout de ma rue. 

À vrai dire, je l’aurais voulue plus jeune et un peu plus exotique. Ne pourrais-je pas trouver mieux, et scientifiquement tout aussi compatible ? Je compte beaucoup sur le dating assistant dont on nous annonce l’arrivée prochaine sur certains sites de rencontre. Ce robot baptisé Audrey rédigera mes messages, contactera directement les femmes qui me correspondent, conversera avec elles et organisera même nos rendez-vous. Je suis déjà amoureux d’Audrey. 

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