La voix du poète

Le cinquième jour

Jane Hirshfield (née en 1953)

Le cinquième jour
il fut interdit aux scientifiques
qui étudiaient les rivières de parler
ou d’étudier les rivières.

Aux scientifiques qui étudiaient l’air
on demanda de ne pas parler de l’air,
et ceux qui travaillaient pour les paysans
furent muselés,
et ceux qui travaillaient pour les abeilles.

Du fin fond du Dakota du Sud quelqu’un
commença à poster des faits.

On demanda aux faits de ne pas parler
et ils furent supprimés.
Les faits, étonnés d’être supprimés, se sont tus.

Alors, seules les rivières
parlaient des rivières,
et seul le vent parlait de ses abeilles,
tandis que les bourgeons réels des arbres fruitiers
poursuivaient sans cesse l’avancée vers leur fruit.

Le silence parlait fort du silence,
et les rivières continuaient à parler
des rivières, des rochers, de l’air.

Gravement, sans oreilles ni langues,
les rivières incontrôlées continuaient à parler.

Les chauffeurs de bus, magasiniers,
programmeurs, machinistes, comptables,
techniciens de labo, violoncellistes 
continuaient à parler.

Ils parlaient le cinquième jour,
du silence.

Au cinquième jour de la Genèse, Dieu crée oiseaux et poissons. Le cinquième jour de sa présidence, Trump, lui, fait supprimer les références au réchauffement climatique du site de la Maison-Blanche. Et inspire à l’Américaine Jane Hirshfield ces vers lus à la Marche pour les sciences, le 22 avril 2017, jour de la Terre. 

[…]
Haut de page

Tous les numéros du 1

Sommaire